Dominique de Rabaudy, journaliste et amie du Papotin a invité Pierre Cornette de Saint-Cyr à cette rencontre avec le comité de rédaction. Pierre Cornette de Saint Cyr est Vice-Président du Palais de Tokyo à Paris. Il est connu comme un défenseur de l’art contemporain en France. Son livre «  L’Art c’est la Vie! » raconte avec passion des souvenirs de ventes extraordinaires. C’est aussi une personne de très grande élégance.

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Thomas : Vous faites quoi comme métier, Pierre ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : J’ai deux métiers, le principal c’est commissaire priseur. C’est quelqu’un qui vit dans l’Art et qui organise les ventes aux enchères, c’est-à-dire qu’on réunit des œuvres, des tableaux, ou des sculptures, ou des photos.

Mathias : Pour les vendre ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Pour pouvoir les vendre. En face, il y a le public, comme vous, qui vient et moi j’ai mon marteau et objet par objet, je les mets en vente. Puis c’est vous qui levez la main pour acheter les objets.

Mathias : Mais ce serait une grande somme, une grosse dépense ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Ah, si c’est un Picasso, c’est une grande dépense, si c’est un cendrier ce n’est pas une grande dépense. Cet après-midi, on a une vente courante et il y a à la fois un cendrier, et une sculpture et une photo, etc. Et en même temps je suis le Président du Palais de Tokyo. Il faudra que vous veniez voir le Palais de Tokyo. C’est un Centre d’Art contemporain. Ce sont là mes deux activités principales.

Florent : C’est le musée d’Art contemporain de la ville de Paris ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Non, c’est en face, à gauche du musée d’art contemporain de la ville de Paris.

Florent : Est-ce que vous savez que ce matin la carte d’abonnement, ou plutôt d’adhésion de Picasso au parti communiste s’est vendue je ne sais trop quelle somme ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : C’est un tel génie ! Il disait une chose formidable, que beaucoup de gens ne comprennent pas l’art contemporain, car ils ne se donnent pas la peine d’apprendre. Alors qu’il était devant un de ses tableaux,une dame à côté de lui dit : « Oh, mais c’est du chinois votre tableau ! » Et il a fait cette réponse merveilleuse : « Madame, l’art c’est comme le chinois, ça s’apprend. » Donc l’art c’est un langage et les artistes sont des émetteurs. Ils émettent une pensée codifiée sous forme de peinture, de musique, poésie, littérature et en face on est des récepteurs, des décodeurs. Et quand on en fait son métier, on est en quelque sorte des récepteurs, décodeurs, transmetteurs pour essayer de transmettre.

Arnaud : Pierre je trouve que tu ressembles à Hugues Aufray quand il n’était pas vieux.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Ah c’est gentil. Mais je chante beaucoup moins bien !

Thomas : Pierre, vous habitez où?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : J’habite devant la Tour Eiffel, avenue du Président Kennedy.

Thomas : Quel étage ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Au quatrième.

Thomas : Il y a un ascenseur ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Heureusement.

Yann : Pierre, tu as écris un livre ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : J’ai écrit un livre, « L’art c’est la vie », pour faire comprendre que l’art ce n’est pas quelque chose en plus, c’est vraiment une manière de vivre, c’est ce qui transforme la vie, ce qui fait que la vie est intelligente. L’espèce humaine est extraordinaire car elle a créé l’art, la science, parce qu’elle essaie de comprendre l’univers.

Florent : Vous auriez dû en apporter un exemplaire, qu’on voit un peu ce que c’est.

Driss : On le trouve en librairie ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Il est épuisé, mais on doit encore le trouver…

Yann : Il est vieux.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Il a trois ans.

Florent : Etes-vous au courant des autres enchères qui se déroulent dans le monde ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Bien sûr, ce sont des concurrents. Evidemment que je les connais, à New-York, à Londres…

Florent : Christies est à New York ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Non, les deux sont à Londres, et Paris maintenant. Je pars lundi pour New-York, car il y a de grosses commandes. Et j’arrive de Chine, j’étais en Chine la semaine dernière.

Florent : Savez-vous ce qui serait bien? Ce serait d’assister un jour à une de vos enchères.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui, bien sûr pas de problème. On va organiser ça !

Yann : Vous faites du cinéma?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Du cinéma ? Non, mais j’ai joué le rôle de commissaire-priseur dans deux films. L’un s’appelait « Opération Trafic ». Je vendais un tableau.

Rafaël : Quel âge avez-vous?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : J’ai 68 ans.

Melchior : Hein tant que ça, la vache ! (Pierre Cornette de Saint-Cyr rit)

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Hé oui, je suis en pleine forme ! Tous les matins, après ma douche, je prends un bain glacé, et je fonce à la salle de gym, pendant une heure, gymnastique… Je suis en pleine forme. Il faut avoir de la discipline.

Melchior : Les hamburgers, j’en mange beaucoup !

Matthias : Moi, je mange aussi beaucoup de bonbons.

Florent : Vous connaissez beaucoup de revues d’art ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Des revues d’art ? Je les regarde toutes.

Florent : Vous êtes abonné à Beaux-Arts Magazine ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : C’est très bien, le directeur, qui est un de mes amis est très entreprenant, très intelligent. Ça explique très bien l’art contemporain. C’est une très bonne revue, il faut la lire.

Florent : J’y suis abonné.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : C’est très bien. Et le nouveau propriétaire, c’est Taittinger, le champagne rosé…

Rafaël : Est-ce que vous avez des enfants ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : J’en ai quatre. Mes deux fils ainés sont mes associés, le troisième, qui a 25 ans, s’installe en Chine et on va ouvrir ensemble une galerie d’artistes français. Et le quatrième fait des études de commerce.

David: Est-ce que vous êtes faites de la musique ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Pas du tout, alors là je suis nul en musique. J’adore écouter, mais je suis incapable de jouer. La musique, c’est comme le chinois, ça s’apprend. J’ai bien plus appris la peinture que la musique.

Thomas D. : C’est comment les prénoms de vos enfants ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : L’ainé s’appelle Bertrand, il a 44 ans, le deuxième s’appelle Arnaud, il a 40 ans, le troisième s’appelle Pierre, il a 25 ans, et le quatrième s’appelle Louis, il a 20 ans.

Arnaud : Le prénom de votre femme, c’est comment?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : La première s’appelait Geneviève, et la deuxième, Arielle.

Thomas : Vous vous rasez comment ? A la main ou électrique ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : A la main, on se rase mieux.

Sarah : On peut se couper !

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui, on peut se couper, il faut faire attention.

Florent : Savez-vous que la peinture a inspiré ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : La peinture a inspiré, oui. Tous les artistes s’inspirent les uns des autres. Il y a des peintres qui travaillent en musique, des écrivains qui sont inspirés par la musique… Tout va ensemble, c’est la même chose. L’Art, c’est une seule chose, avec des langages différents.

Florent : Vous ne trouvez pas parfois surprenants les objets qui sont mis aux enchères ? Parfois ce sont des sculptures, parfois des services de table…

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui, il y a de tout. On vend tout ce qui bouge. Les notaires vendent ce qui ne bouge pas, comme les immeubles.

Florent : Des livres, aussi. Vous avez déjà mis en vente des services de table ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Cet après-midi, il va y en avoir.

Florent : De la mode ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui, je fais de la vente de haute couture, de photos, de tout…

Driss : Alors quel objet est pour vous l’objet le plus précieux que vous ayez vendu ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : L’un des objets les plus précieux, ça a été un tableau, qu’on a découvert par hasard. J’ai fait une émission de télé, et 15 jours après, je recevais une lettre disant : « Nous sommes professeurs à la retraite, on a des problèmes, notre fils divorce, il faut payer la pension… On a deux tableaux, est-ce que vous pourriez vous en occuper ? ». Alors je les appelle, il a fallu demander une photo. C’est un tableau qui est arrivé anonyme. On l’a identifié. Il est d’un artiste allemand. Son chef-d’œuvre est un polyptique dont il y avait trois panneaux au musée de Karlsruhe, et là, c’était le quatrième, disparu depuis 1902, et qui est un chef-d’œuvre absolu. Les gens en voulait 200 000 francs, on l’a vendu 50 millions.

Driss : C’est extraordinaire !

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Une autre fois je faisais une succession, en arrivant je vois dans une poubelle un tableau d’un cubiste brésilien très très important. Je sors le tableau et je vais voir les gens qui me disent qu’ils ont jeté ce qui était nul. On l’a placé en vente, et il a fait 1000 fois tout le reste de l’appartement. Et l’acheteur, chaque fois qu’il me voit, me dit : « Je vous aime, on vient de me proposer 1,5 million de dollars pour ce tableau! ».

Grégory : Vous êtes président alors ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Du palais de Tokyo, et donc je m’occupe beaucoup de présenter l’art contemporain aux gens.

Grégory : Vous faites un joli métier. Et est-ce que vous gagnez beaucoup de sous avec tous ces tableaux, ces objets ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Au palais de Tokyo, rien, c’est gratuit, je travaille gratuitement.

Grégory : Vous travaillez beaucoup ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Je travaille 7 jours sur 7, tout le temps. Je ne prends jamais de vacances.

Grégory : Tu es beau Pierre, très beau.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Tu as bon goût !

Florent : Avez-vous de grosses publicités ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : L’art doit être de partout. L’art, la peinture sont utilisés dans la publicité pour faire comprendre les choses. L’art c’est un langage, tout le monde doit pouvoir l’utiliser, y compris la publicité.

Florent : Il y a beaucoup d’artistes mais moi j’aimerais qu’il y en ait encore plus.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Moi j’aimerais que tout le monde soit artiste, que tout le monde s’intéresse à l’art. Si tout le monde s’intéressait à l’art, les gens seraient moins idiots. Ils ne se taperaient pas dessus, ils seraient heureux. C’est quand même plus intelligent.

Florent : Il est de mon avis.

Driss : Non, il n’est pas de ton avis mais du sien, car ton avis, c’est la dictature de l’art !

Florent : C’est bien mon avis à moi !

Pierre Cornette de Saint-Cyr : C’est quoi au juste ?

Driss : Il veut que tout le monde soit artiste obligatoirement, sinon on enferme dans des goulags et on met fin à tout.

David J. : Es-tu frimeur ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Ça dépend des jours. Et toi ?

David J. : Je suis un grand frimeur. J’aime le sexe et la brioche !

Florent : Est-ce que vous avez fait des émissions de télé ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui, j’aime beaucoup, j’en ai fait pendant 2 ou 4 ans avec Guillaume Durand, sur l’ancienne 5, tous les vendredis soirs pendant le journal de 20h. Jusqu’à ce que ça s’arrête on parlait d’Art en direct, c’était génial. Malheureusement on ne parle plus d’Art. On est un pays génial, mais les médias ne parlent que de football, il y en a un peu marre.

Driss : J’ai entendu dire que beaucoup d’artistes préfèrent maintenant s’installer à Berlin. La côte de Paris est un peu à la baisse.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui, bien-sûr, car on ne s’occupe plus depuis 25 ans, ni d’art, ni de sciences. On est un pays génial dirigé par des abrutis. Le musée de la Culture a enfermé nos artistes. Dans la recherche, on ne s’occupe pas de nos chercheurs, alors ils s’en vont tous. Alors qu’il faut tout miser  sur eux! …La principale matière première, c’est l’intelligence. Le pétrole, c’est terminé bientôt. Pas le neurone. Il faut tout miser sur la créativité, dans tous les domaines.

Paola : Comment on décide de la valeur d’une peinture ou d’une œuvre d’Art ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Ça se décide en fonction de critères objectifs en Art. Il y a objectivement des grands artistes, et objectivement des artistes nuls. Il faut d’abord déterminer si l’œuvre est importante ou pas. Ensuite, en fonction, il faut se demander si c’est international ou pas, et ensuite on établit la comparaison avec d’autres œuvres similaires vendues avant.

Il y a donc tout un travail… Donc c’est un vrai travail de recherche, tu vois.

Paola : Comment peut-on déterminer la valeur d’œuvres étiquetées « Art brut » ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Il y avait Jean Dubuffet qui était un grand collectionneur, qui a crée un musée à Lausanne, sur l’Art brut, avec des œuvres impressionnantes. Il y a quelques artistes qu’on classe dans l’Art brut, et qui sont quand même des grandes stars. Mais c’est vrai que c’est plus limité. Mais intéressant.

Yann : Est-ce que vous êtes comédien ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Quand on fait de la vente aux enchères, on est forcément un peu comédien, car on monte sur scène et il faut tenir pendant 4 heures, tu vois ? Et on a autant la trouille que quand on monte sur scène pour le théâtre.

Florent : Je crois que ce serait un excellent sujet de documentaire.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oh oui, vraiment oui. C’est un métier passionnant.

Sadek : Vous avez vécu un peu au Maroc ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui je suis né au Maroc. Je suis venu faire mes études à 17 ans. Mais on a gardé la maison jusqu’à il y a 3-4 ans.

Sadek : Quand vous étiez jeune, vous alliez danser à l’hacienda ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Oui bien sûr, j’y allais danser.

Florent : Vous aimez les petits musées ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Petit ou grand, du moment que c’est intelligent…

Florent : Car j’aime beaucoup les musées comme le Louvre. Mais j’ai aussi un grand faible pour les petits musées.

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Moi aussi, dès qu’on peut voir des choses…Bon, mes chéris, il faut que j’y aille.

Arnaud, Thomas et les autres: Vous reviendrez ?

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Je reviendrai absolument.