C’est un lieu extraordinaire et c’est une réunion exceptionnelle. Elle est exceptionnelle en tout. Et Il y a Michel Cymes avec nous. Il est l’animateur de l’émission du Magazine de la santé de France 5, émission de référence dans le domaine de la santé.

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Arnaud : C’est la première fois qu’on est ici.

Driss EL KESRI : Absolument.

Yohann : C’est pas un bus RATP, ça ?

Driss EL KESRI : Non. Merci à monsieur Cymes d’avoir répondu à notre invitation. Vous connaissez Michel Cymes, beaucoup d’entre vous l’ont vu à la télé.

Arnaud : Dans Le magazine de la santé.

Johann : Il y avait également le Téléthon.

Driss EL KESRI : On le voit maintenant beaucoup supporter l’association Sparadrap, que l’on aime énormément.

Arnaud : L’association Sparadrap ?

Michel CYMES : C’est une association qui a pour but d’aider, d’informer les enfants qui sont hospitalisés et d’aider à dédramatiser tous les gestes qu’ils peuvent avoir sur le plan médical. Par exemple, si un enfant hospitalisé doit être anesthésié avec des piqures, le but est de lui donner des petits fascicules dans lesquels, par un langage complètement adapté à l’enfant et à son âge, on va lui expliquer ce qu’on va lui faire. L’idée, c’est qu’à chaque fois qu’on explique les choses – mais c’est valable aussi pour les adultes -, on est moins inquiet, on a moins peur, et forcément, on a moins mal. L’association Sparadrap lutte aussi contre la douleur chez l’enfant. Parce que, malheureusement, le corps médical n’a pas toujours pris en charge la douleur chez l’enfant comme il se doit, et on a parfois besoin de le rappeler un petit peu aux médecins et aux infirmières. C’est le but de l’association.

Arnaud : T’as quel âge ?

Michel CYMES : J’ai 55 ans.

Arnaud : Tu habites où ?

Michel CYMES : À Sèvres.

Arnaud : T’es marié ou pas ?

Michel CYMES : Je suis quasiment marié.

Arnaud : Comment elle s’appelle, ta femme ?

Michel CYMES : Nathalie.

Arnaud : Je peux te tutoyer ?

Michel CYMES : Pas de problème.

Arnaud : Je peux t’appeler par ton prénom.

Michel CYMES : Tu m’appelles par mon prénom.

Arnaud : Toi et moi, on se tutoie et on s’appelle par nos prénoms ?

Michel CYMES : Oui.

David S: Depuis quand faites-vous cette émission ?

Michel CYMES : On va fêter les 15 ans du Magazine de la santé dans un mois. En fait, j’ai été appelé par Jean-Marie Cavada, qui avait été nommé président de la Cinquième quand ils ont lancé la chaîne. Ça s’appelait la Cinquième avant de s’appeler France 5. Cavada m’avait appelé avec Igor Barrère pour me demander d’être le médecin de la chaîne.

David S : Igor Barrère.

Michel CYMES : Igor Barrère, qui est un grand nom de la santé à la télé. C’était le premier à avoir fait des émissions médicales à la télé.

David S : Et c’était en quelle année ?

Michel CYMES : 1957, ses premières émissions médicales. Ça, c’est Igor Barrère, ce n’est pas moi.

David S : Et toi, c’était en 1998.

Michel CYMES : Voilà. Et c’est à la naissance de la chaîne, effectivement, qu’on m’a appelé. J’ai commencé par faire une petite émission de 7 minutes, qui s’appelait Attention santé, et une autre émission, plus longue, qui s’appelait Qui vive.

Thomas : C’était une émission qui s’appelait Qui vive ?

Michel CYMES : Oui, Qui vive. C’était une émission produite par Igor Barrère, c’était une émission d’une heure. Cette émission était hebdomadaire, et puis, progressivement, comme ça marchait, on est passé de 7 à 13 minutes, ensuite de 13 à 26, et aujourd’hui, l’émission dure 1 heure et demie.

Thomas : Donc, ça fait 90 minutes en tout.

Michel CYMES : Voilà.

David S : C’est les 90 minutes avec l’émission hebdomadaire ?

Michel CYMES : Non, c’est une quotidienne, aujourd’hui. C’est tous les jours, en direct. De 13 heures 40 à 15 heures, on fait Le magazine de la santé. Et pour revenir à ta question, on fête les 15 ans cette année par une grande soirée.

Rafaël : Est-ce qu’il y a des moments difficiles pendant le tournage ?

Michel CYMES : Non, il n’y a pas de moments difficiles, parce que c’est une émission qui est très décontractée. Le décor, c’est une sorte d’appartement. Et puis, avec Marina Carrère d’Encausse, qui co-présente l’émission avec moi, on se connaît depuis 20 ans, on est très amis. Donc, il n’y a jamais de moments difficiles. En 15 ans, j’ai eu des moments d’émotion… Il y a des sujets qui sont plus difficiles que d’autres, on a chacun notre sensibilité, qui fait que… Moi, je suis plus sensible à certains sujets que Marina, et je peux avoir un peu la larme à l’œil quand c’est un peu difficile ou quand on a un invité qui, lui-même, est très ému. Mais il n’y a jamais eu de moments très difficiles. Et puis, on est deux à présenter l’émission, ce qui est beaucoup plus facile que d’être tout seul. Parce que si j’étais tout seul à gérer tout pendant 1 heure et demie et qu’il y avait des problèmes, ça peut être plus compliqué… Après, il m’est arrivé de présenter l’émission en étant malade, il m’est arrivé de présenter l’émission en étant de mauvais poil, mais ce n’est pas des grandes difficultés.

Alexandre : J’ai vu certaines émissions montrant des scènes où vous étiez en train de rire.

Michel CYMES : C’est devenu, au fil des ans, la carte de visite de l’émission. Ce qu’on voit aujourd’hui dans Le magazine de la santé c’est ma façon d’être dans la vie. Sauf qu’au début, quand je présentais l’émission, on m’avait dit : « Arrête de déconner, parce qu’il est difficile de faire une émission médicale en étant crédible, c’est-à-dire pour que les gens acceptent, comprennent ce que tu dis en tant que médecin, si, à côté, tu te mets à déconner. Ça ne fait pas très sérieux. ». Donc, au début, je me freinais beaucoup, tellement que je ne déconnais jamais. D’ailleurs, chaque fois que je disais une vanne, je me faisans engueuler en sortant du plateau. Donc, j’avais compris qu’il ne fallait pas que je le fasse. Et puis, progressivement, en prenant un peu d’aisance, c’était un peu plus facile. Et puis, j’ai balancé une vanne ou deux, comme ça, pour voir ; ça passait bien.
Tous les gens qui nous parlent de l’émission soulignent deux choses. La première, c’est qu’on apprend des choses concernant sa santé, c’est-à-dire que pendant 1 heure et demie, tu vas apprendre plein, plein de choses dans plein de domaines différents sur la plan santé, médical. Et puis, la deuxième chose, c’est qu’on apprend en souriant. Regarder une heure et demie d’émission médicale, si c’est plombant et qu’on ne se marre et que les sujets sont difficiles, à la fin, tu as l’impression d’être malade en regardant l’émission. Tous les gens qui nous parlent de l’émission nous disent : « On arrive à regarder une émission médicale en se marrant et en apprenant des choses. ». Donc, finalement, j’ai un peu gagné mon pari, parce que j’ai toujours été persuadé qu’on pouvait sourire en parlant de santé. Ce pari-là, il est gagné parce que je pense que le succès de l’émission… Aujourd’hui, on a pratiquement un million de personnes qui regardent l’émission tous les jours.

Alexandre : Un million de personnes ?

Michel CYMES : Oui. C’est ce qu’on nous dit – que cette émission a tant de succès parce que les gens viennent aussi pour se marrer.

Driss: On a ça en commun, Michel, parce que Le Papotin a démarré pratiquement le premier édito sur le rire, sur le fait qu’on peut être en difficulté, on peut avoir besoin d’aide, de soutien, etc., on peut être ce que nous sommes, mais on peut aussi rire énormément. Le Papotin a été un des premiers qui a démarré sur ce sujet.

Raphaël : Est-ce que pensez que lutter contre certaines discriminations envers l’autisme, est une solution pour montrer aux gens qu’il ne faut pas regarder différemment l’autisme ? Est-ce que vous êtes d’accord pour qu’il n’y ait pas une méfiance envers ce qu’on a, et qu’on a montré qu’il ne faut pas qu’il y ait de discrimination envers ça ?

Michel CYMES : Le problème de la discrimination envers toutes les difficultés psychologiques qu’on peut avoir – et ça balaie l’ensemble des pathologies ou des difficultés, ou des handicaps, on peut utiliser tous les mots qu’on veut… Cette discrimination, on ne la trouve pas seulement dans l’autisme. Nous, on parle souvent aussi de la schizophrénie, par exemple, qui est une affection très handicapante aussi, parce qu’elle souffre beaucoup de cette image, que les gens associent encore à ce qu’ils appellent la folie dans le sens large, et qui ne veut rien dire du tout en psychiatrie. Nous, dans Le magazine de la santé, on se bat sans arrêt pour lutter contre ces prérequis, ces idées que les gens peuvent avoir sur la différence en matière psychiatrique et en matière psychologique. On a invité très régulièrement des personnes touchées par la schizophrénie, on a invité des personnes porteuses d’autisme. C’est vrai qu’après, le problème en télévision, c’est qu’il faut que le dialogue puisse s’instaurer avec l’invité, c’est évident. Il y a des formes d’autisme qui sont plus faciles pour nous en tant qu’émission de télévision. C’est sûr l’Asperger est une forme qui peut être un peu plus facile en matière d’interview, mais… La discrimination, malheureusement, je pense qu’elle est liée essentiellement aux faits divers. Je parle de la schizophrénie parce que c’est plus caractéristique. Mais à chaque fois qu’il y a un fait divers dramatique qui met en cause une personne atteinte de schizophrénie, qui a pu commettre un délit…

Raphaël : Ou un crime.

Michel CYMES : … un crime, on va systématiquement dire : « Il y a eu un crime à tel endroit, il a été commis par un schizophrène. ». Comme on aurait pu dire qu’il a été commis par un blanc, par un noir, par machin. Il faut toujours mettre un qualificatif au bout. Et à chaque fois qu’on parle de ça, nous, dans Le magazine de la santé, on réexplique la schizophrénie après, en disant que certains schizophrènes sont agressifs, peuvent être agressifs dans certaines conditions, mais que 99 % des schizophrènes sont sans aucun problème.

Raphaël : J’ai parfois l’impression que les gens qui sont dans la rue… Quand j’aperçois des gens dans la rue… souvent des gens dans la rue… C’est vrai que nous, les personnes autistes, parfois, on ne nous remarque pas, mais parfois, j’entends… Est-ce que c’est possible qu’il y ait des gens qui ne connaissent pas ce mot ou qui ne comprennent pas le mot « autisme » ?

Michel CYMES : Ah oui ! Vous connaissez mieux le domaine que moi, et ceux qui vous accompagne également. Je suis persuadé que, pour le grand public, un autiste, c’est quelqu’un qui est renfermé sur lui-même et qui n’a aucun contact avec personne. Ce qu’on fait aujourd’hui, je le ferai savoir. J’ai un compte Tweeter, j’ai 85 000 personnes qui me suivent, et quand j’aurai le lien, je vais le faire savoir, pour montrer que quand on a un autisme, on peut communiquer, on peut poser des questions, on peut dialoguer, y’a pas de problème. Mais dans l’esprit du public, je pense que ça reste une image très floue. D’où l’expression populaire. Quand quelqu’un ne parle pas ou ne veut pas discuter avec vous, on lui dit : « Arrête de faire l’autiste. », ce qui est complètement stupide. C’est comme quand quelqu’un a des troubles de l’humeur ou, un jour, a envie de sourire et le lendemain, non, on dit : « T’es complètement schizo. ». C’est des expressions populaires qui sont utilisées à partir de handicaps, de différences et qui sont complètement idiotes. Mais ça veut bien dire l’image que représente l’autisme dans la population. Quand on dit à quelqu’un « ne fais pas l’autiste », c’est très clair, ça veut dire « parle-nous ». Or, vous êtes tous là et vous me parlez.

David S: Des parents se battent, font des démarches pour que leur enfant autiste aille à l’école. Mais comment les autres enfants peuvent-ils les percevoir ?

Michel CYMES : On est méchant quand on est enfant. On ne supporte pas et on ne comprend pas la différence. Mais pas une différence uniquement par rapport à un problème psychologique, la différence par rapport à une couleur, la différence par rapport à une morphologie, la différence par rapport à une couleur de cheveux. Tu sais, les enfants ne supportent pas la différence parce qu’ils ne la comprennent pas, et cela ne touche pas que l’autisme. Quand tu as un enfant qui est roux dans une cour d’école, il se fait emmerder par les autres parce qu’il est différent. C’est tout le rôle de l’éducation, et c’est notre rôle à nous, parents, d’expliquer à nos enfants qu’il y a des gens différents de nous et qu’il faut les respecter comme les autres.

Yohann : Est-ce que la maladie concerne des patients ?

Michel CYMES : Comment ?

Yohann : Est-ce qu’il y a des patients qui sont malades ?

Michel CYMES : Par définition, oui. Par définition, un patient est souvent malade.

Yohann : Y a combien de patients, chaque année, qui sont malades ?

Michel CYMES : Tous. Tu parles en France en général ou dans ma consultation ?

Yohann : En France, dans les cliniques.

Michel CYMES : Je n’en sais rien, je n’ai pas le chiffre. Mais si tu veux, par définition, quelqu’un qui va voir un médecin… Ce qui n’est pas vrai dans toutes les spécialités. Il y a des spécialités dans lesquelles les patients viennent sans être malades et, justement, pour éviter de l’être.

Yohann : C’est le problème des maladies rares.

Michel CYMES : Le problème des maladies rares, c’est que… À la limite, ce n’est pas un problème, parce que la maladie rare, les myopathies sont des maladies qui sont une charge émotionnelle importante. Il ne faut pas se leurrer, si le Téléthon marche et qu’ils arrivent à avoir autant d’argent, c’est parce qu’ils font pleurer en montrant des enfants malades, c’est évident.

Cathy : Avez-vous toujours voulu faire le métier de médecin ?

Michel CYMES : Non. J’ai voulu d’abord être pompier, comme tous les enfants, ensuite, motard de la police, comme tous les garçons, et j’ai fait médecine… Les sciences m’ont toujours intéressé au lycée. J’ai fait une terminale D, qui était, à l’époque, les sciences naturelles. J’ai fait plutôt médecine parce qu’un de mes meilleurs amis qui faisait médecin, et je me suis dit : « Il va me servir de locomotive. », et j’ai bien fait. Mais ce n’était pas une vraie vocation, comme on dit. Je me suis dit que médecine pouvait être un métier qui allait me faire bien gagner ma vie, que le métier de chirurgien quand même pas mal. J’ai ensuite bénéficié de cet ami qui, lui, redoublait sa première année et qui m’a permis de continuer à faire médecin. Mais je ne peux pas dire que c’était vraiment la vocation de ma vie.

Cathy : Avez-vous toujours présenté des émissions sur le thème de la santé ?

Michel CYMES : Oui, toujours. D’abord, j’ai commencé à la radio, à France Info, où je faisais la chronique santé tous les jours. Ensuite, j’ai été appelé à Télématin par William Leymergie pour faire la chronique santé de Télématin, que j’ai faite pendant trois ans. Ensuite, je suis allée sur la Cinquième. Mais j’ai toujours fait de la santé, d’abord parce que je suis médecin, et j’exerce encore, et ensuite parce que je pense qu’il m’est très difficile de faire autre chose tout en gardant une crédibilité dans ce que je fais à la télé. Vous vous souvenez d’un type qui s’appelait Doc ? Doc et Difool, ça vous dit quelque chose ? Doc, c’était un médecin pédiatre qui était sur Fun Radio et qui parlait beaucoup aux adolescents. C’était un type super qui était devenu une vraie vedette à la télé, parce que c’était l’idole des adolescents sur le thème médical. Un jour, il a présenté une émission de variété et il s’est grillé complètement, parce qu’il était passé de médecin à animateur d’une émission de variété. L’émission n’a pas marché parce que ce n’était pas un bon animateur de variété, et il a perdu sa crédibilité médicale parce qu’il faisait autre chose. Donc, il faut faire très attention en télé, il faut garder une certaine image et une certaine crédibilité dans ce qu’on fait. Moi, je suis médecin, et je veux que quand les gens me regardent à la télé, ils regardent le médecin et pas autre chose. Après, si je garde mon émission quotidienne, je peux aussi faire autre chose, mais à condition de garder… Parce qu’en ce moment, on me propose beaucoup de choses, parce que ça marche bien. On me propose plein de choses qui n’ont rien à voir avec la santé, qui peuvent être intéressantes à condition que je puisse garder Le magazine de la santé pour garder mon image de médecin.

Alexandre : Donc, vous tenez quand même à garder l’émission.

Michel CYMES : C’est essentiel, parce que c’est ce qui fait… J’ai mis 20 ans à acquérir une certaine popularité dans le domaine médical, une certaine crédibilité et à être – ce n’est pas très modeste de le dire – un des premiers dans les médias en matière de santé. Ce serait idiot de ma part de griller ça. Je me suis installé progressivement, j’ai réussi à me faire mon petit espace et à être reconnu dans ce que je fais ; ce serait dommage de casser tout ça en prenant trop de risques ailleurs.

Alexandre : Vous évoquiez Cavada tout à l’heure. Il a fait une émission importante sur la 3.

Michel CYMES : La marche du siècle. Cavada est un monsieur qui m’a toujours fasciné. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour lui en tant que professionnel, parce que c’est un grand professionnel. La marche du siècle était une émission qui demandait une culture générale hors du commun pour pouvoir traiter tous les sujets qu’il traitait dans cette émission. Et c’est surtout un monsieur que je suis allé voir un jour, parce que j’avais des doutes sur mon avenir. Je ne savais pas ce que j’allais faire, je m’entendais très mal avec William Leymergie et je voulais partir de Télématin. J’ai pris rendez-vous avec lui alors qu’il ne me connaissait pas, il m’a reçu, parce que j’avais besoin de conseils d’un professionnel, et qui plus est, d’un professionnel que j’admirais. Cavada m’a reçu, il m’a donné des conseils que j’ai suivis. Et j’ai eu de la chance parce que, finalement, je me suis adressé à celui qui allait devenir plus tard le patron d’une chaîne et qui m’appellerait. Mais je ne le savais pas. Donc, Cavada est un monsieur à qui je dois beaucoup.

David : Est-ce que l’émission va continuer, même si vous prenez votre retraite ?

Michel CYMES : J’ai deux façons de répondre à ta question. La première, c’est de se dire que l’émission est plus forte que ses présentateurs et que, si on devait s’en aller, Marina ou moi, ou Marina et moi, l’émission pourrait continuer. Ça, ce serait une façon de répondre pour te montrer qu’on est très humbles et très modestes. Malheureusement, je pense que cette émission tient aussi par la complicité que j’ai avec Marina. Un journal de 20 heures ou un journal de 13 heures d’information tient en partie avec le présentateur, mais la vedette, ça reste l’information, l’actualité. Donc, quand on change de présentateur, le 20 heures reste, et les gens continuent à regarder. Ça évolue un petit peu parce qu’il y en a qui aiment plus le présentateur ou la présentatrice, et d’autres qui l’aiment moins. L’émission qu’on a lancée avec Marina, on l’a personnalisée parce que le duo qu’on forme est peut-être aussi important que ce qu’on raconte, parce qu’on a une façon de le raconter qui est très personnelle. Ce qui veut dire, pour répondre à ta question, que si, demain… Quand je m’en vais, par exemple – je me fais remplacer par Benoît Thévenet, qui est notre joker -, l’émission, sur quelques jours, ne perd pas d’audience. Si je devais partir un mois, ça pourrait jouer. Benoît est excellent mais ce n’est pas la même personnalité ; il déconne moins que moi. Maintenant, c’est très compliqué de le dire. Et c’est pour ça qu’on ne part jamais très longtemps. Moi, j’ai fait une émission il n’y a pas longtemps avec Adriana Karembeu, où il avait fallu que je parte une semaine pour faire l’ascension du Mont Blanc. Il ne faut pas que je parte plus d’une semaine ou dix jours, parce qu’après, il peut y avoir un problème. L’été, c’est Benoît qui nous remplace, avec Marina, et l’émission marche moins bien, c’est sûr. Après, je ne veux pas partir parce que, encore une fois, c’est mon métier, c’est mon fonds de commerce, c’est là où je m’exprime le mieux. Maintenant, j’ai envie de faire autre chose à côté aussi pour m’éclater. Il faudra que je le fasse en mesurant les risques, parce que je ne veux pas faire prendre de risques ni au magazine, ni à toute l’équipe. On est une centaine de personnes à travailler sur Le magazine de la santé, il n’est pas question que, parce que j’ai envie de faire autre chose, je fasse prendre des risques à mon équipe.

Grégory : Vous faites quoi comme métier dans la vie, Michel ?

Michel CYMES : Mon vrai métier, c’est médecin.

Grégory : Vous aimez ça ?

Michel CYMES : Je suis médecin à la télé, mais je suis médecin aussi à l’hôpital. J’exerce à l’hôpital.

Grégory : Vous vous occupez des petits enfants là-bas ?

Michel CYMES : Pas du tout. Je m’occupe des adultes et je suis oto-rhino. Je consulte deux matinées par semaine à l’hôpital, mais pas les enfants.

Grégory : Mais des fois, vous partez en vacances ?

Michel CYMES : Ah, mais le plus souvent possible. Je pars en vacances le plus souvent possible. C’est vrai qu’à chaque fois que je suis interviewé par des journalistes, ils me demandent comment j’arrive à faire tout ce que je fais.

Grégory : Est-ce que vous allez au casino, des fois ?

Michel CYMES : Non, jamais au casino. Je ne suis pas joueur. En revanche, je fais beaucoup de sport.

Grégory : Vous faites quoi comme sport ?

Michel CYMES : Du vélo. Je fais beaucoup de vélo.

Grégory : Est-ce que vous avez une maison de campagne ?

Michel CYMES : J’ai une maison dans le sud.

Raphaël : Est-ce que c’est dangereux, l’apnée du sommeil ?

Michel CYMES : On va d’abord expliquer ce qu’est l’apnée du sommeil. C’est quand on s’arrête de respirer la nuit. Pas longtemps, heureusement. Effectivement, les apnées du sommeil peuvent être dangereuses, parce qu’elles font travailler le cœur un peu trop. En général, on se réveille en sursaut la nuit, après avoir beaucoup ronflé. C’est les gens qui ronflent, qui sont un peu en surpoids, qui sont un peu trop enveloppés et qui se mettent à s’arrêter de respirer la nuit. Ils s’assoient parce qu’ils vont étouffer, et puis ils se remettent à respirer.

Raphaël : Mais c’est mortel ?

Michel CYMES : Ce n’est pas mortel sur le moment, parce que le cerveau a des trucs qui permettent de redémarrer. En revanche, ça entraîne une hypertension artérielle (la tension est trop élevée), et ça entraîne des problèmes cardiaques, parce que le cœur est obligé de travailler beaucoup plus. Et ça, ça peut être dangereux. C’est pour que ça que les gens qu’il faut traiter les gens qui ont vraiment des apnées du sommeil.

Maxime : Les 15 ans du magazine, ce sera en direct ?

Michel CYMES : Oui. La télé, pour moi, c’est toujours du direct, quand c’est possible, à part le vendredi où on enregistre l’émission. Les 15 ans du magazine, ce sera une émission d’une heure et demie-2 heures, en direct.

Maxime : Ce sera quel jour et à quelle heure ?

Michel CYMES : Ce sera à 20 heures 30, et je ne peux pas encore te dire le jour, parce que je n’ai pas la date. Mais ce sera fin février.

Maxime : Et vous étiez quand sur RTL ?

Michel CYMES : Au mois de juillet, cet été. J’ai fait une émission d’un mois sur RTL.

Maxime : Et à Europe 1 ?

Michel CYMES : Europe 1, j’y étais de 2007 à 2010. Je faisais une émission hebdomadaire tous les samedis, qui s’appelait Comment ça va bien… merci.

Raphaël : Et France Info ?

Michel CYMES : Sur France Info, j’ai fait 12 ans de chronique quotidienne, tous les jours, de 1991 à 2003.

David : Tu fais quoi à la maison ?

Michel CYMES : Chez moi ?

David : Oui.

Michel CYMES : Le ménage, la vaisselle…? Je fais souvent la cuisine.

Raphaël : Seriez-vous heureux qu’on trouve une solution contre le Sida ?

Michel CYMES : Des solutions, on en a trouvées, parce que les traitements, aujourd’hui, permettent à quelqu’un qui a le virus de vivre pratiquement aussi longtemps que quelqu’un qui ne l’a pas. Donc, en termes d’espérance de vie, on a fait des progrès énormes. On a aussi trouvé des solutions pour éviter que les personnes séropositives prennent 20 comprimés par jour, avec des effets secondaires terribles. Aujourd’hui, ils prennent beaucoup moins de comprimés, il y a moins d’effets secondaires du traitement, même s’il y en a encore. Et puis, on arrive à avoir des enfants malgré le fait d’être porteur du virus. Après, les solutions définitives qui consisteraient à éliminer le virus de l’organisme, je ne suis pas sûr que ce soit pour demain. Le virus est très malin, il va se cacher pendant des années, on n’arrive pas à détruire les endroits où il est. J’espère que ça arrivera. Il y aura sûrement, un jour, un vaccin, il y aura sûrement, un jour, un traitement qui permettra de se débarrasser du virus comme on l’a trouvé pour l‘hépatite C, par exemple. Mais ça va être long, parce qu’il y a plusieurs virus, en plus. Mais pour répondre à ta question, je serai très content le jour où on aura trouvé. Moi, je suis content à chaque fois qu’il y a un progrès médical…
Thomas : Vous vous rasez électrique ou à la main ?

Michel CYMES : Je me rase à la main.

Thomas : Pourquoi pas au rasoir électrique ?

Michel CYMES : Je ne me suis jamais posé la question. Tu sais, en général, je pense que dans la vie, on fait souvent comme font ses parents. Mon père s’est toujours rasé à la main, et je pense que la première fois que je me suis rasé, j’ai fait comme lui, et qu’après, tu t’habitues. J’ai déjà essayé le rasoir électrique, mais tu as l’impression qu’on t’arrache le visage, quand tu ne l’as jamais fait.

Thomas : Il est où, votre père ?

Michel CYMES : Il est chez lui.

Thomas : Il habite tout seul ?

Michel CYMES : Non, il habite avec ma mère.

Thomas : C’est comment, le prénom de votre mère ?

Michel CYMES : Anna.

Thomas : Et le prénom de son mari ?

Michel CYMES : Mon père donc ?

Thomas : Oui.

Michel CYMES : Jean.

Thomas : Ils vivent ensemble ?

Michel CYMES : Oui, ils vivent ensemble.

Thomas : Ils habitent où ?

Michel CYMES : Ils habitent dans les Hauts-de-Seine.

Thomas : Quelle ville ?

Michel CYMES : Saint-Cloud.

Thomas : Avant, ils habitaient où ?

Michel CYMES : Avant, on habitait dans le 18ème, à Paris.

Thomas : Tu es né où ?

Michel CYMES : Dans le 18ème, avec mes parents, près de Barbès-Rochechouart.

Thomas : Vous habitez tout seul ?

Michel CYMES : Non. Maintenant, j’habite avec ma femme et mes enfants.

Thomas : Vous avez un garçon ou une fille ?

Michel CYMES : J’ai trois garçons.

Thomas : Les prénoms ?

Michel CYMES : Le plus petit, Élias, Martin au milieu et Romain après.

Thomas : Ils ont quel âge ?

Michel CYMES : 15, 13 et 2 ans.

Thomas : C’est quand, leur anniversaire ?

Michel CYMES : 25 avril pour Romain, 11 avril pour Martin et 7 janvier pour Élias.

Thomas : Ils sont nés dans quelle ville ?

Michel CYMES : Ils sont né à Paris 14ème pour les deux premiers et à Parly pour le dernier.

Thomas : Tu connais Laurent Delahousse ?

Michel CYMES : Oui.

Thomas : On le voit quand ?

Michel CYMES : À 20 heures, le week-end.

Thomas : Pourquoi il fait le samedi et le dimanche, Laurent Delahousse ?

Michel CYMES : Il fait le samedi et le dimanche parce qu’il a envie de glander le reste de la semaine.

Thomas : Pourquoi il met ses lunettes sur le bord, Laurent Delahousse, quand il présente son journal ?

Thomas : Il est gentil ?

Michel CYMES : Je l’ai rencontré deux fois, il est très sympa.

Diane : Est-ce que tu te balades souvent ?

Michel CYMES : Comme vous. À chaque fois que je peux me balader, je me promène.

Diane : T’aimes bien les magasins ?

Michel CYMES : Oui, comme tout le monde, je fais les magasins. Qu’il y ait de la neige ou pas, je fais les magasins, je me balade.

Diane : Les vitrines aussi ?

Michel CYMES : Oui, quand je vais dans les magasins, je regarde d’abord la vitrine, et après, je vois si je rentre.

Geoffrey : Quand vous vous promenez dans la rue, il y a des personnes qui vous arrêtent ?

Michel CYMES : Si, mais c’est toujours gentil. D’abord, j’ai la chance d’être médecin, et donc, il y a un respect de la part des gens qui me reconnaissent, qui me disent tout le temps « bonjour docteur ». Donc, ça crée à la fois un lien sympa parce qu’ils me reconnaissent, et en même temps, ça crée une petite distance liée au respect. Si tu veux, je pense que quand tu es chanteur ou présentateur d’émissions de variété ou de n’importe quoi, les gens ont plus tendance à te taper sur l’épaule, à te faire : « Ah, je t’ai vu, c’est super ! ». Je peux te dire ça même des petits jeunes de partout, qui me voient et qui me disent : « Salut docteur, bonjour docteur. ». On ne me tape jamais sur l’épaule. Mais c’est toujours gentil et c’est toujours « Ah, vous me faites bien rire ! ».

Diane : Est-ce que tu es amoureux ?

Michel CYMES : Je suis amoureux de ma femme, bien sûr.

Diane : Vous aimez beaucoup les gens ou pas ?

Michel CYMES : Quand tu es médecin, tu as intérêt à aimer les gens, tu sais. Ce n’est pas le cas de tous les médecins, je sais. Vu les métiers que je fais (médecin quand je consulte et ce que je fais à la télé), je pense que quand un présentateur n’aime pas les gens ou s’en fout, ça ne marche plus au bout d’un moment, parce que tu le ressens. Et moi, j’adore les gens. C’est pour ça que j’ai fait ce métier, c’est parce que j’ai besoin du contact. C’est pour ça aussi que je continue à consulter à l’hôpital. Parce que si je ne faisais que de la télé, je n’aurais de contact qu’avec des caméras et pas avec les gens. J’ai besoin, deux fois par semaine, de consulter, d’avoir des gens en face de moi, d’avoir un vrai contact, parce que j’adore les gens, j’adore parler. C’est pour ça que je suis là avec vous aujourd’hui, aussi.

Alexandre : Où est-ce que vous les faites, les consultations ?

Michel CYMES : À l’Hôpital Georges Pompidou.

Alexandre : Est-ce que vous avez le temps de regarder la télé, et si oui, est-ce que vous avez un programme favori ?

Michel CYMES : Je ne regarde pratiquement jamais la télévision. D’une part, parce que je n’ai pas le temps et que, quand je rentre chez moi le soir, je consacre ce temps à ma famille et non pas à me planter devant la télé. Les seuls programmes que je regarde à la télé, c’est le foot, le sport. C’est pratiquement la seule chose que je regarde ; quand il y a un match de foot et que je ne suis pas allé au Parc de Princes, je regarde.

Alexandre : Qu’est-ce que le bien-être pour vous ?

Michel CYMES : Le bien-être, c’est la définition de la santé que donne aujourd’hui l’organisation Mondiale de la Santé, celle qui gère toute la santé dans le monde entier. On dit que le bien-être est essentiel. C’est le fait d’être juste heureux, si possible en bonne santé, et de se sentir bien où on est au moment où on l’est. Par exemple, aujourd’hui, en ce moment, j’ai une sensation de bien-être, parce que j’ai une sensation de bien-être de parler avec vous.

Raphaël : Est-ce que la vaccination est importante pour vous ?

Michel CYMES : La vaccination, c’est essentielle. On a la chance d’avoir une médecine qui nous permet d’éviter un certain nombre de maladies dues à des virus. Se faire vacciner est très, très important, et d’autant plus important qu’il y a tout un tas de tarés, en ce moment, qui essaient d’expliquer ou de faire croire que la vaccination est mauvaise pour la santé, que ça entraîne des maladies. Il y a des gens contre qui il faut lutter en ce moment, et c’est ce qu’on fait, parce qu’ils estiment qu’on n’a pas besoin de se faire vacciner contre toutes les maladies. Évidemment, il y a des maladies pour lesquelles il n’est pas forcément indispensable de se faire vacciner si on n’est pas à risque. Aujourd’hui, dans des sectes, dans certains courants de pensée, il y a des gens qui sont anti-vaccins, et c’est criminel. Donc, il faut se faire vacciner.

Alexandre : J’aimerais savoir si votre émission a une influence sur le milieu médical.

Michel CYMES : Oui. On a de la chance parce qu’on a un peu le monopole de la santé à la télé, c’est-à-dire qu’on a fini par éliminer progressivement toutes les émissions qu’il y avait ailleurs, sans le vouloir. On a une triple influence sur le milieu médical. La première chose, c’est que comme on est médecin, on ne dit pas de conneries, et comme notre équipe est vraiment extraordinaire, notre leitmotiv, ce n’est pas forcément de dire des choses extraordinaires mais, surtout, de ne jamais dire de bêtises. Et ça, on ne le fait pas. Donc, les médecins sont très attentifs aux bêtises que peuvent sortir les médias, parce qu’ils les ont, par effet boomerang, directement en consultation. La deuxième chose, qui découle de la première, c’est qu’ils entendent parler de l’émission par les patients. La troisième chose, c’est qu’il y a sans arrêt des médecins qui viennent dans notre émission, ou on part faire des reportages dans les hôpitaux. Je peux vous dire – et c’est une grande fierté du magazine et de l’équipe – qu’on n’a jamais eu aucun refus de la part des hôpitaux, des médecins, des chefs de service. Aucune de nos équipes n’a été refusée dans un reportage. Parce que quand vous arrivez, quand les journalistes appellent en disant : « On voudrait tourner ça pour Le magazine de la santé. », c’est un oui immédiat. On a fini par avoir une réputation de sérieux, de crédibilité qui fait que le corps médical est très content qu’on soit là, d’une part, pour venir s’exprimer et, d’autre part, pour l’éducation des Français et donc de leurs patients. Et d’eux-mêmes aussi. Ils font de la formation continue avec nous. On a beaucoup d’étudiants en médecine, d’infirmières qui regardent l’émission pour apprendre. Il y en a une, d’ailleurs.

Luc : Michel, je voudrais savoir si tu as déjà fait un reportage, ou si ce serait envisageable de faire un reportage sur la prise en charge des personnes autistes en hôpital, notamment en urgence, où c’est plus que lamentable, et où il arrive même parfois que… J’ai une situation, par exemple, où le Samu dit : « Non, on ne vient pas. », la police dit : « Non, on ne vient pas. », les pompiers disent : « Non, on ne vient pas. ». Donc, les personnes sont laissées pour compte. Je connais un cas précis, mais je pense qu’ici on en connaît beaucoup d’autres. Il n’y a pas de connexions géniales entre le sanitaire et…

Michel CYMES : Et pourquoi ils disent : « On ne vient pas. » ? Pourquoi ils ne viennent pas ? Ils se justifient comment ?

Luc : Ce n’est pas à eux de venir. Le Samu dit : « On ne vient pas. », parce que la personne est très violente. Parce qu’elle souffre, ce n’est pas de la violence gratuite.

Michel CYMES : Je crois qu’on n’a pas consacré de reportage précis concernant l’urgence dans ce domaine, mais je vais suggérer ça au rédacteur en chef. Les services d’urgences doivent répondre présents aux urgences quelles qu’elles soient.

Rafaël : J’ai une question, Michel. C’est quoi, pour toi, une personne normale et pas normale ?

Michel CYMES : Oh, la question piège ! Écoute, je vais te répondre très vite. Il n’y a pas de personne normale. Comme ça, ça te montre tout ce qui est à côté et qui n’est pas anormal mais différent. Je crois que s’il y a eu une évolution dans la façon qu’on a d’exprimer toutes les pathologies, tous les handicaps, c’est qu’on utilise le mot « différent » aujourd’hui. Et moi, je ne suis pas très précaution oratoire des trucs qu’il ne faut pas dire certains mots parce que ça va choquer ceux qui sont porteurs d’un handicap, etc. Moi, ça me gonfle, toutes ces histoires où il faut faire une phrase de 10 mots…

Rafaël : Mais tout le monde a un handicap dans la vie.

Michel CYMES : C’est ce que je te dis, il n’y a pas de personne normale. Chaque personne est différente de celle qui est à côté. On est tous différents les uns des autres. Il y a des différences qui sont plus marquées, qui touchent plus du domaine psy, de l’intérieur de l’organisme, de la couleur des yeux, de tout ce que tu veux. Je ne me considère pas plus normal que quelqu’un d’autre, même si je suis assez exceptionnel. Mais je suis différent par cette exception.

Michel CYMES : Je suis désolé, ce n’est pas que je ne veux pas rester, mais comme j’ai un peu une émission en direct, dont on a parlé un petit peu, il faut absolument que j’aille répéter.

Grégory R: On entend de plus en plus les gens qui réfléchissent sur la question du soin mental. On a l’impression que les émotions fortes, l’amour, par exemple, sont toxiques, et qu’il faut essayer d’épargner aux gens qui sont en souffrance ce genre de comportement. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Michel CYMES : Les émotions fortes sont toxiques ?

Grégory R: Les émotions fortes peuvent être un petit peu dangereuses et qu’il faut les éviter.

Michel CYMES : On est surtout dans une société qui essaie d’aseptiser un petit peu tout ça, c’est-à-dire de faire en sorte qu’on soit un peu dans une… Là, on parle de normes émotionnelles aussi, c’est-à-dire tous les gens qui sont un peu excessifs dans tous les domaines, que ce soit l’émotion, l’expression des sentiments, le comportement. Tout ce qui est excessif est montré du doigt, et l’excès émotionnel aussi. Il n’est pas bon, aujourd’hui, dans une société comme la nôtre, de pleurer trop facilement, de s’énerver trop facilement, d’exprimer trop facilement un certain nombre de choses. On est un peu formaté, aujourd’hui. Et tout ce qui est excessif fait peur.

Grégory R: Est-ce que l’amour est dangereux ?

Michel CYMES : En 5 minutes, t’expliquer si l’amour est dangereux ou pas, ça va être un peu compliqué. Je ne vois pas en quoi l’amour est dangereux. L’amour est dangereux pour ton estomac si ça ne se passe pas bien, mais sinon, pour le reste…

Driss EL KESRI : Pour reprendre très rapidement ce que disait Grégory, il y a des interdits. On parle souvent d’amour dans notre groupe. Il y a des jeunes qui ont un faible ou qui ont une amitié et qui ont un amour très fort pour d’autres. C’est quelque chose qui est souvent très, très contrarié, parce que c’est quelque chose qui dérange énormément. C’est comme vous dites, sur le fait que tout ce qui n’est pas dans les normes est dérangeant. On est tout le temps dans une réaction contre ces… Par exemple, au Papotin, on est extraordinairement heureux d’avoir un couple. Thomas et Diane s’aiment. C’est quelque chose qui est extraordinaire parce que c’est quelque chose qui est précieux et qui arrive très, très difficilement. Sans avoir de difficultés, il est très difficile de s’entendre avec l’autre. Alors, quand on voit qu’il y a deux personnes qui ont des difficultés, chacun dans son genre, et qui arrivent, malgré cela, à s’entendre, à vouloir être ensemble et à s’aimer, c’est quelque chose qui est absolument magnifique.

Michel CYMES : C’est superbe.

Geoffrey : Amour et handicap ne font qu’un, et quand on mélange les deux, c’est encore meilleur !

Driss : C’est extraordinaire ! C’est génial !

Geoffrey: Dernière question : Est-ce que vous avez réussi quelque chose que vous n’oublierez jamais ?

Michel CYMES : Les moments les plus forts que j’ai pu vivre en tant que médecin, ça a été au Samu, parce que j’ai fait du Samu où j’étais, à Chartres, pendant plusieurs mois. Et quand on fait du Samu, on perd beaucoup de gens, il y a beaucoup de gens qui meurent, et de temps en temps, on arrive à en sauver. Et c’est vrai qu’il m’est arrivé de sauver des gens au Samu comme ça. Un moment encore plus fort en tant que médecin et hors exercice professionnel : un jour, on est au restaurant pour un anniversaire, on est très nombreux, et la mère de ma femme fait une fausse route, c’est-à-dire qu’elle mange un morceau de viande qui passe dans le larynx, et elle est en train d’étouffer. Quelqu’un s’en rend compte, elle va dans une arrière-salle pour tousser – quand tu t’étouffes, tu tousses, tu tousses, tu tousses. Moi, je ne m’en rends pas compte, et ma femme vient me chercher en me disant : « Elle ne va pas bien, j’ai l’impression qu’elle est en train de tomber dans les pommes. ». Quand je suis arrivé, elle était en train de mourir. Elle avait un morceau de viande comme ça qui était coincé là, elle n’arrivait plus à respirer, elle était en train de perdre connaissance, et elle commençait à devenir bien bleue. J’ai fait les manœuvres – il y a des manœuvres où tu dois appuyer très fort pour essayer d’évacuer tout ça -, et ça ne marchait pas. J’y suis allé avec la main et j’ai réussi, tout au bout de mon doigt, à faire bouger le morceau de viande – je ne savais pas ce que c’était – pour qu’il y ait un petit peu d’air qui puisse passer. J’ai sauvé ma belle-mère comme ça. Et ce n’est pas parce que c’est ma belle-mère, mais quand tu sauves une vie quand tu es médecin, c’est des moments que tu n’oublies pas, parce que, finalement, on fait médecine pour ça.

Driss : Merci infiniment.

Michel CYMES : Merci à vous tous de m’avoir reçu.