Un homme d’église au Papotin ! Au travers de lui c’est une autorité religieuse qui s’exprime. Mais Monseigneur Gaillot est un homme d’église que l’Église ne considère plus comme étant des siens. Évêque sans paroisse, mais pas sans paroissiens. Quand il vient au Papotin il prêche, certes, mais il prêche pour la compréhension et le rapprochement des hommes quels qu’ils soient, quoi qu’ils aient fait. Son autorité d’homme d’église ne l’empêche pas de critiquer, y compris l’Église elle-même. Il parle, il raconte, il se raconte et ses expériences témoignent de ce qu’il est et de sa perception du monde. C’est une autorité qui parle de sa place d’homme.

[nx_slider source= »media: 1576,1588,1574,1561″ limit= »5″ link= »post » title= »no »]
 


Arnaud : Est-ce que je te manquerais de respect si je te tutoie ?

MG : Pas de problème.

Arnaud : Ça ne te dérange pas si je te tutoie ?

MG : Pas de problème.

Arnaud : Je ne suis pas impoli si je te tutoie ?

MG : Non

Arnaud : Suis-je poli si je te tutoie ?

MG : Ça marchera bien.

Arnaud : Est-ce que je suis poli si je te tutoie ?

MG : Oui. Souvent les gens me disent : « Comment est-ce qu’il faut vous appeler ? » Alors je dis : « ben on m’appelle de tous les noms. On m’appelle Monsieur l’Évêque, on m’appelle Monsieur, on m’appelle mon père, on m’appelle Monseigneur, on m’appelle Jacques. » Alors vous choisissez ce qui vous va le mieux.

François : Jacques, qu’est-ce que vous faites comme travail ?

MG : Et bien je suis avec des étrangers sans papiers avec des familles qui sont mal logées, et de temps en temps je vais à la prison de Fresnes.

Thomas : Pour quoi faire ?

MG : Je vais voir des gens que je connais. J’ai été autorisé à faire des visites. Par exemple à Jean-Louis Colonna qui est un Corse et qui est à Fresnes depuis des années. Il est d’une petite ville de Cargèse. Je connais ses parents, son frère, sa sœur. Toute la famille. Il y a toujours quelqu’un qui vient chaque semaine le voir. Pour une demi-heure de parloir. Et puis de temps en temps j’y vais. Et puis de temps en temps il me demande des livres alors je lui ramène des livres.

Alexandre B. : Depuis quand vous êtes homme d’église ? Parce que j’ai cru comprendre que vous êtes homme d’église.

MG : Oui.

Alexandre B. : Alors depuis combien de temps ?

MG : Et bien j’ai été prêtre, ça fera l’année prochaine 50 ans.

Alexandre B. : Ça remonte.

MG : C’est à dire au siècle dernier. Ben oui. Et puis j’ai été nommé évêque en Normandie en 82.

Thomas : Ça fait quelque temps que l’on parle de l’affaire des actes qui ont lieu les dernières années. Des actes de pédophilie. Qu’est-ce que ça fait pour vous ?

MG : Ça me fait beaucoup de peine de voir que dans l’église il y a eu des actes de pédophilie commis par des prêtres. Et puis par rapport aux jeunes, par rapport aux victimes, c’est pour moi très pénible. Donc je crois qu’il est bien qu’aujourd’hui, dans la société on remette à la justice des prêtres qui ont commis des actes de pédophilie. Ça c’est une chose importante.

Thomas : Ben ils ont eu quel âge les jeunes à l’époque quand ils ont été agressé disons sexuellement ?

MG : Je ne sais pas.

Thomas : Ça devait être des mineurs ?

MG : Je pense oui.

Thomas : Parce que c’était des mineurs. C’est actes de pédophilie, ça doit être sur des mineurs.

MG : Oui. Tu as raison.

Alexandre : C’est grave, c’est honteux !

MG : Oui tout à fait.

Alexandre : Enfin vous Monseigneur, je ne sais pas ce que vous en pensez.

MG : C’est vrai, c’est très grave.

Melchior : C’est dégueulasse !

MG : C’est tout ça. Vous avez raison.

Alexandre : Ça ne devrait pas exister.

Melchior : Moi je trouve que ça ne devrait pas être toléré.

MG : Ça c’est sûr.

Alexandre : Quand j’entends ce genre de truc je suis…

Thomas : Choqué ?

Alexandre : Outré !

MG : Vous avez bien raison. Je suis comme vous…

Alexandre : Je pense qu’il serait bon d’arrêter tout ça et de mettre les auteurs en prison et ne pas les faire sortir.

Alain : Ces victimes sont des martyrs quand ils ont été traitées comme ça !

Yohann : Ouais, il a raison. C’est pas faux.

Alexandre : Sur la foi, qu’est-ce que vous avez à dire ?

MG : Par rapport à ?

Alexandre : Par rapport à la foi !

MG : La foi…

Alexandre : Est-ce que vous vous êtes croyant ?

MG : J’essaye… J’essaye d’être croyant.

Melchior : Il est athée ?

MG : C’est quelque chose qui ne s’impose pas. … J’ai eu la foi très jeune et pour moi croire en Dieu c’est lié à croire à l’être humain. Je ne pourrais pas croire en Dieu si je ne croyais pas à l’être humain.

Alexandre : En sachant que l’être humain commet des erreurs.

MG : Bien sûr, tout à fait.

Alexandre : Et qu’il est de temps en temps dérangé.

MG : Personne n’est irrécupérable. Les gens ont leur dignité. J’ai rencontré un jour, c’était à la gare du Nord je crois, un jeune chômeur qui vendait des journaux fabriqués par des chômeurs. Il y avait une équipe de télévision qui passait par là et qui dit : « Est-ce que le fait de vendre ces journaux ça vous re-donne une dignité que vous aviez perdu ? » Alors le jeune dit : « Mais la dignité, ça ne se perd jamais. » Moi j’essaye de respecter la dignité des autres et la dignité ça fait partie de moi. J’étais en admiration. On peut humilier quelqu’un, on peut le maltraiter, mais il a sa dignité. On ne peut pas lui prendre. Moi je connais des sans-papiers qui disent : « J’ai tout perdu, mon travail, mon logement, tout ce que j’avais, mais il me reste ma dignité. » C’est formidable. L’ennui, c’est que quelque fois on n’a pas conscience de sa dignité. Vous avez entendu parlé de Martin Luther King ?

Melchior : Oui ! C’est un américain, pasteur.

Alexandre : Noir américain.

MG : Noir américain.

Melchior : On dit un black américain.

MG : Un black américain, merci. Il savait parler à la foule, vraiment. Ce pasteur noir américain, ce black américain, comme vous dites, parlait à une foule de pauvre gens, vraiment. Il disait : « Peut être que tu n’as pas de famille, que tu ne sais pas ce que c’est que d’avoir une famille. Mais, je suis quelqu’un. Peut être que tu n’as jamais été à l’école, que tu ne sais pas écrire, tu ne sais pas lire, mais je suis quelqu’un. Peut être que tu n’as jamais eu de chaussures à mettre à tes pieds ? Mais je suis quelqu’un. » Alors comme ça se fait là-bas, souvent, les gens reprennent le refrain « Mais je suis quelqu’un ». Puis à la fin, ils se balancent comme ça, ils ont retrouvé le sourire sur le visage, « Mais je suis quelqu’un ». Malgré tout ce qui m’arrive, tous les pépins…

Melchior : Tous les ennuis…

MG : … « Je suis quelqu’un. » Ben ça c’est formidable. Martin Luther King leur faisait comprendre qu’ils avaient une dignité, malgré tout ça. Formidable !

François : Et c’est quoi la dignité ?

MG : La dignité c’est le fait qu’on soit un homme, qu’on soit une femme. Et que ça on ne peut pas nous l’enlever.

Melchior : C’est une sorte de confiance.

François : C’est bien d’être un homme !

MG : Oui, un être humain, c’est formidable.

Melchior : Moi je suis un être humain.

Alexandre : Oui, mais je dirais que perdre son travail, perdre son logement, c’est quand même grave.

MG : Oui, bien sûr.

Alexandre : Et comment fait-on pour vivre sans papiers, sans travail, sans logement ?

Melchior : Bonne question.

MG : Justement, ils sont là ensemble en ce moment pour qu’on leur donne des papiers. Quand on n’a pas de papier on n’existe pas. On est sans droit. Quand on n’a pas de papier, de titre de séjour, on peut être arrêté tout le temps, partout. Il n’y a pas un endroit qui soit protégé. La police peut venir nous prendre.

MG : Alexandre : Oui, mais enfin vous savez des fois les êtres humains, excusez-moi de dire ça, ils peuvent être dérangés. Psychiquement parlant.

MG : Et alors ?

Alexandre : Et alors, c’est à partir de ça, du dérangement de l’être humain, que les actes de barbarie arrivent.

MG : Oui, mais on est toujours plus grand que son crime. Quelque soit les actes de barbarie, un être humain reste un être humain.

Alexandre : Oui, mais…

MG : On est toujours plus grand que son crime, je crois.

Alexandre : Oui, mais quand tu commets un acte de barbarie, tu vas en taule.

MG : C’est vrai. Je vais à la prison où il y a des gens qui ont tué ; donc ils ont du sang sur les mains. Et alors quelque fois on me dit : « Vous donnez la main à quelqu’un qui a tué comme ça ? » Je dis : « Oui, c’est un être humain ».

François : Est-ce qu’on peut sortir de prison quand on est prisonnier ?

MG : Oui. Moi j’ai vu quelqu’un qui est sorti de prison il n’y a pas longtemps. Il a écrit un livre qui s’intitule : « Je ne le souhaite à personne ». Je l’ai connu, il a fait 22 ans de prison. Il était condamné à « perpète » comme on dit, puis il est sorti. Il est en liberté surveillée, mais il est sorti, tout ça parce que il a cherché à s’évader une fois. Il a blessé un des gardiens qui en est mort. Donc il était condamné à vie à cause de la mort d’un gardien. Un crime.

François : Est-ce qu’il pouvait parler ?

MG : Ben oui, il raconte ça dans son livre.

François : Est-ce qu’il racontait sa vie ?

MG : Oui.

Emmanuelle : Comment n’êtes vous pas atteint par le trop d’horreur ?

MG : Je crois que la rencontre des gens c’est toujours formidable. Moi je peux vous dire que quand je vais voir les prisonniers à Fresnes je suis content après. Et souvent quand je vois au petit parloir Yvan Colonna, je lui dis : « Ecoute quand je te rencontre c’est toi qui me remonte le moral. » Ça le fait rire. C’est vrai parce que ce sont des gens à la fois courageux, qui ont la joie de vivre aussi.

François : Le moral ?

MG : Le moral. Je fais partie d’une association qui s’appelle « Droit devant » pour les étrangers. Alors quelques fois on perd le moral et puis on veut poser son sac. Puis alors il y en a d’autres en pleine forme, ils sont battants. Alors ça n’arrive pas en même temps. On n’est pas découragé en même temps. Donc les autres nous aident quand ça va moins et puis après c’est l’inverse.

Emmanuelle : Pourquoi parmi tous les combats d’aujourd’hui vous avez choisi le combat des sans-papiers ?

MG : Parce que j’ai trouvé que c’était un des combats importants dans notre société. De ces gens qui au fond étaient des gens de non-droit, parce qu’ils n’ont pas de papier. Voyez aujourd’hui, encore ce matin on m’a téléphoné encore à Lyon pour quelqu’un qui est expulsé, qui est père de famille, c’est terrible. Ça dépend du préfet, et on arrête des gens à l’école, quand les parents viennent chercher leur enfant à l’école. On peut les convoquer à la préfecture, on les arrête à la préfecture. On peut les arrêter quand ils vont à l’hôpital. Il n’y a plus de lieu protégé. Donc ils ont la peur continuelle, partout où ils vont. … Ce n’est pas drôle de vivre comme ça. Alors je me sens bien avec eux, vous voyez. C’est un peu ma famille.

Nicolas : Vous travaillez à l’église ?

MG : Oui…

François : Je suis le père de Jésus ! Je m’appelle Joseph et je suis le père de Jésus.

MG : Alors vous êtes encore mieux placé que moi encore. Je vais vous raconter une histoire : J’étais en Haïti et dans une église, il y avait des représentations, ils font des belles choses les haïtiens…

Thomas : Ah oui !

MG : Alors on voit Jésus à son dernier repas. Et puis tout le monde est noir, Jésus est noir, sauf un qui est blanc. Alors il y a toujours des gens de passage qui disent : « Et celui-là qui est blanc ? » alors celui qui commente il fait : « Et ben, c’est Juda ».

Melchior : C’est trop drôle.

MG : Alors un jour à l’évêché d’Evreux on m’avait offert ce qu’on appelle un retable, Jésus et ses disciples, au dernier repas. Alors ils sont là, six à droite, six à gauche, ils regardent comme ça. Alors il y avait des jeunes qui passaient et je leur dis : « Est-ce que ça vous dit quelque chose ? » Ils ne savaient pas trop, ben je dis : « Écoutez, ils sont là en train de manger tous, qu’est-ce qui se passe ? » Alors ils me disent : « Ils regardent la télé » (Rires). Je ne savais plus quoi dire. Ah ben vous riez de bon cœur.

Rafaël : Comment vous faites pour être aussi indulgent vis-à-vis de ceux qui ont commis des crimes, des choses très graves ?

MG : Je ne sais pas. En tout cas, vous voyez l’autre jour, je vais à Fresnes, et je reviens le soir. Je mange là où je suis dans le 5e, et je dis : « Ben cette après-midi je suis allé voir des prisonniers ». Alors y’en a une qui me dit : « Qu’est-ce qu’il a fait ? » Ah ben je dis : « Je n’en sais rien, je ne demande jamais à un prisonnier ce qu’il a fait ». Il y en a un autre qui me dit : « Est-ce qu’il est croyant ? » Alors je dis : « J’en sais rien. Je ne pose pas non plus la question. » Et il y a un troisième qui dit : « Ben de quoi vous avez discuté ? » Ben je dis : « J’ai écouté cet homme qui souhaitait me parler, etc. Il m’a dit un peu sa souffrance ». Voilà, vous voyez je ne demande pas à quelqu’un ce qu’il a fait, s’il est croyant ou pas, c’est pas mon problème. Je rencontre quelqu’un qui est dans l’humanité, vous voyez. C’est ça qui est important. Sinon on classe les gens.

Melchior : Vous cassez les gens.

MG : En ceci, cela. On classe à vie.

Melchior : Cassé en deux.

Rafaël : Pourquoi le carême c’est obligatoire pour les chrétiens ?

MG : Ce n’est pas obligatoire, c’est proposé. Il y en a qui ne le font pas, il y en a qui le font un peu. Chacun fait comme il veut avec sa conscience. Je crois que la foi n’impose pas, c’est une proposition à notre liberté et chacun fait comme il veut. Moi je sais que le mercredi des saints j’étais invité chez des gens qui vraiment voulaient que je vienne. Je crois qu’ils ne sont pas croyants, je ne crois pas. En tout cas il y avait de la viande. Ils ont fait un bon repas avec de la viande. C’est le mercredi de décembre où normalement on ne prend pas de viande. C’est pas un problème, l’important c’est de rencontrer les gens vous voyez.

Driss : Vous avez mangé des la viande Monseigneur ?

MG : Ben oui et avec plaisir même, parce que c’était bon. Et c’était le mercredi des saints. Je ne l’ai pas trop dit.

Emmanuelle : Vous ne pensez donc pas qu’il peut y avoir des gens profondément mauvais ?

MG : Je crois qu’on a tous dans son cœur une petite étoile. Et que cette étoile elle peut briller à certains moments. Et puis on est pris par la nuit, on est enseveli. Mais il y a toujours cette petite étoile. Et quelque fois c’est grâce à des gens qu’on peut repartir. Je… Je suis allé visiter un foyer pour des personnes handicapées adultes, handicapés profonds. Alors il y avait un infirmier qui me faisait visiter et, moi j’étais bouleversé un peu, par cette visite. Et un peu troublé même. Et alors cet infirmier il avait, il sentait un peu mon trouble. Alors il me dit cette phrase : « Moi je les aime tellement que je les trouve beaux. » Ils avaient tous des corps un peu déformé, etc. Alors moi ça me troublait. « Je les aime tellement que je les trouve beaux. » Je trouve que c’est admirable. J’ai reçu une belle leçon là.

Driss : On ne peut pas être avec des gens sans les aimer.

MG : Voilà. Ça c’est vrai. Et donc c’est le fait d’aimer des gens qui peut faire briller cette étoile qu’on a en nous. On peut repartir. Vous savez quelque fois quand je vois des gens d’un certain âge qui ont des visages un peu triste. Qui ne sont pas agréables vraiment, alors je pense toujours ces gens là ils ont été jeunes, ils ont été enfants, ils ont dû rire ! Ils n’ont pas toujours été comme ça. On a envie de leur enlever le masque et puis de leur dire : « Quand vous aviez 15 ans, 10 ans comment vous étiez ? » Et je crois qu’on a tous un peu un enfant qui sommeille en nous.

Melchior : Un gamin.

MG : Voilà, il faut rester un peu gamin.

Thomas : C’est bien d’être gamin.

MG : Ben oui.

Thomas D. : Monseigneur, vous faites les enterrements ?

MG : Oui, ça m’arrive.

Thomas D. : Dans quelle église ?

MG : Ben alors ça change à chaque fois parce que je ne suis pas dans une paroisse. La dernière fois, c’était à Saint-Etienne du Mont.

Thomas D. : C’est où ?

MG : C’est à côté du panthéon. Parce que un de mes amis, Albert Jacquard, avait sa femme qui venait de mourir. Et il m’a dit, j’aimerais bien, si tu pouvais faire l’enterrement à Saint-Etienne.

Thomas D. : Tu es né en quelle année ?

MG : En 35.

Thomas D. : Votre anniversaire c’est quand ?

MG : Au mois de septembre.

Thomas D. : Le combien ?

MG : Le 11.

Thomas D. : Ça va être un samedi !

Sadek : Qu’est-ce que vous pensez de l’association « mort dans la rue » ?

MG : J’en pense du bien. Alors cette association a pour but de faire quelque chose pour eux. Pour dire qu’ils ont une dignité. Et cette association a donné l’idée à quelqu’un qui s’est dit : « Il y a beaucoup de gens qui meurent en prison, qui se suicident. On ne fait rien pour eux, alors on va faire quelque chose pour eux. » Alors sur la place des Droits de l’homme au Trocadéro, en décembre dernier, il y a eu une rencontre. Et on devait lire 20 noms de gens qui se sont suicidés en prison. Il fallait lire lentement : « Tel jour, untel, etc, mort par suicide ». Quelle litanie, c’était terrible. On a fait ça au Trocadero. Et là c’est une sorte d’association « morts en prison ». Il y a un suicide tous les 3 jours en prison. Ce n’est pas normal, c’est scandaleux.

Thomas : Qu’est-ce que vous pensez aussi de la Fondation d’Auteil ?

MG : J’en pense du bien.

Thomas : Ouais, du bien, mais quel genre de bien ?

MG : Là où je vis, ce sont des religieux spiritains. Et ils sont à la fondation d’Auteuil. On a beaucoup de lien avec le Fondation d’Auteuil. Je crois que c’est une belle œuvre.

Thomas : C’est quoi le but de cette fondation déjà ?

MG : Elle a pour but d’accueillir des gens qui n’ont pas de famille.

Alexandre : Oui mais malheureusement Thomas, on n’a pas de réponse.

David S. : Il y a trop d’actes en ce moment de pédophilie par les prêtres. Et puis il y a un autre problème qui se pose, je trouve ça contre nature que l’église ne veuille pas que les prêtres se marient, aient des enfants. Je trouve ça contre nature, ça va à l’encontre de la nature. Il faut expliquer pourquoi un tel sacrifice. C’est plus qu’un sacrifice, d’ailleurs, c’est au delà.

MG : Je crois que tu as raison, il ne suffit pas simplement que pour les actes de pédophilie on remette les gens à la justice. Mais il faut que l’église s’interroge sur le fonctionnement de l’institution. En particulier des prêtres, et en particulier sur le célibat. Donc ça touche à la question de la formation, du mode de vie des prêtres, et il faudrait que l’Église s’interroge là dessus et change tout ça. C’est ce que j’ai dit ces jours-ci quand j’ai été interrogé pour une question semblable. Des journalistes qui m’interrogeaient sur le fonctionnement de l’institution. Et je crois que la question du célibat, c’est une question anachronique. Il faudrait changer ça. Laisser la liberté de choix.

Melchior : Oui, tout à fait.

MG : Laissé choisir, ce qui veulent se marier, et ceux qui veulent choisir le célibat.

David S. : Les protestants ils font ça très bien.

MG : Oui et nous sommes à une autre époque justement où l’on est sensible à la liberté de choix de chacun. Alors ça changera.

François : Et à quoi ça sert la liberté ?

MG : La liberté, ça sert à aimer. On est libre de faire le choix de sa propre vie quand même. C’est important.

François : Ah oui, c’est important.

Joyce : Si vous deviez choisir un autre métier, quel serait le métier qui vous permettrait de faire autant de choses, et d’agir sur autant de secteur comme vous le faites ? Travailleur social, psychologue, ministre, juge, président d’association ?

MG : J’aurais aimé être barman ou fleuriste. Pourquoi barman, parce que moi j’aime bien communiquer, j’aime bien la relation, et j’ai trouvé que barman, il était toujours en lien avec les uns avec les autres. C’est un lieu de vie un bar. Et puis fleuriste parce que j’aime beaucoup les fleurs.

François : Vous aimez bien les sentir ?

MG : Oui aussi, et puis je leur parle.

Melchior : Vous leur parlez, c’est bizarre.

Grégory : Vous travaillez beaucoup ?

MG : Pas mal oui.

Grégory : Et vous avez beaucoup d’amis aussi ?

MG : Oui.

Grégory. Vous avez des copains aussi ?

MG : Oui.

Grégory : Des copines ?

MG : Oui.

Grégory : Tu fais quoi de ton corps Monseigneur ?

MG : Je vais te raconter une histoire, elle m’est arrivée dans le métro. Je prends le métro en fin d’après-midi à une heure de pointe.

Thomas : Où ?

MG : Ben je prends la ligne 7.

Grégory : Tu prends souvent la ligne 7 ?

MG : Oui. Souvent.

Grégory : Et tu aimes beaucoup les métros ?

MG : Non.

Grégory : Tu n’aimes pas trop les métros ?

MG : Je n’aime pas tout ce qui est sous terre. Mais on est bien obligé.

Grégory : Ben oui. Ça t’étouffe. Des fois tu es étouffé ?

MG : Ben oui.

Grégory : Et vous n’avez pas de voiture, Monseigneur ?

MG : Je n’ai pas de voiture. Alors attend, je prends le métro à une heure de pointe vers 18h30. Il y avait tellement de monde que j’étais debout serré et qu’avec ma main je ne pouvais pas avoir un point d’appui. Et alors selon les secousses du métro, je me reposais un peu sur les uns, un peu sur les autres. Et quelqu’un qui m’avait reconnu s’amusait de ma situation précaire. Et comme on est descendu à la même station, je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire : « Vous voyez ce qui fait tenir debout un évêque ce sont les gens. » Ce sont les gens qui me tenaient debout. Et bien moi j’aime bien être avec des gens. Je ne me vois pas tout seul.

Grégory : Et vous faites quoi dans l’église Monsieur Seigneur ?

MG : Ah ben, j’essaye d’être évêque comme on peut.

Grégory : Quand tu peux quoi !

MG : Comme je le peux.

Grégory : Oui, et vous faites quoi vous dans l’église ?

MG : Dans l’église ça m’arrive de faire un mariage. Un baptême.

Grégory : Et vous faites des petites sorties aussi ?

MG : Comme aujourd’hui et je sens que j’aurais beaucoup d’amis.

Grégory : Est-ce que vous écoutez de la musique ?

MG : Pas souvent non. Oui j’ai grandi sans musique. On se demande comment je peux faire pour travailler, pour vivre sans musique. C’est un manque.

David S. : Vous qui êtes catholique, ou chrétien, voilà, on va dire ça. Vous devez être proche des compositeurs sur la spiritualité, de Jean-Sébastien Bach, quelque part ?

MG : Jean Sébastien Bach ?

David S. : Vous devez être proche…

MG : j’aime beaucoup. En particulier « que ma joie demeure ».

David S. : Est-ce que vous avez une paroisse ? Elle se situe où ?

MG : Je n’ai pas de paroisse.

David S. : Vous n’avez pas de paroisse ? Est-ce que des fois vous faites la messe ?

MG : Oui.

David S. : Pourquoi il n’y a pas de femme évêque ?

MG : Je crois que le jour où il y aura des évêques mariés, je crois qu’il y aurait…

Melchior : Des évêquiennes !

MG : Il y aura des évêques mariés.

David S. : Des femmes évêques ?

MG : Je crois qu’aujourd’hui, dans la société, toutes les femmes ont accès aux responsabilités les plus importantes. Elles peuvent du moins. Que ce soit les grandes écoles, tout ce qu’on veut bon. Et bien on ne voit pas pourquoi dans l’église ce serait pas possible.

Emmanuelle : Alors justement, comment est-ce que ça se passe pour tout ce qui est changement dans l’église ? Est-ce que c’est une chose envisageable ? Et comment ça se discute et où est-ce que ça se discute ? Parce que j’avais entendu une chose du Dalaï-Lama qui disait une chose qui semblait très sensé. Il disait que tout était mouvement et que donc même le boudisme évoluerait à l’occidental et que les choses n’étaient pas figées. Puisque tout est mouvement. Est-ce que c’est quelque chose qui peut être envisagé aussi dans la religion catholique et est-ce que vous pensez qu’ils envisagent que les choses puissent être en mouvement ? Ou est-ce que tout est figé ?

MG : J’espère bien que l’on est en mouvement.

Emmanuelle : Oui, mais vous voyez bien, dans les dogmes, dans les choses.

MG : Oui, mais l’église elle n’est pas là pour elle-même. S’il n’y avait pas de monde, pas de société, il n’y aurait pas d’église. Donc elle est relative à la société. La société elle bouge, elle bouge vite. Donc c’est ça qui fait bouger l’église. On ne peut pas rester comme on est quand la société évolue.

Emmanuelle : Elle ne bouge pas des masses quand même, honnêtement.

MG : Déjà je crois beaucoup dans les mentalités. Ah les mentalités, c’est pas croyable. Et des personnes souvent d’un certain âge, grâce à leurs enfants d’ailleurs. Ils se disent, « et bien on a basculé dans un monde nouveau, il faut changer » Donc je crois que les grands changements ne viennent pas de l’église elle-même, elles viennent de la société. Et en particulier pour les femmes. Le grand mouvement de libération des femmes, c’est ce qui fait bouger l’église ! Et c’est pas elle qui est à l’initiative de dire, et bien on change la dessus. Il y a des fois c’est parce qu’elle est au pied du mur qu’elle dit : « Et bien il faut y aller ». Mais tant qu’elle peut ne pas changer, elle ne change pas.

Paola : En même temps, on est dans une période.

Un papotin : Paola !

Driss : Catholique et romaine.

Paola : Je ne suis pas catholique parce que je n’ai pas pu communier. Mais vous voyez en même temps par rapport à l’église, il y a quelque chose… Moi j’ai écouté la messe dimanche du pape, à la télé. Écouter la messe en latin, ça m’a un peu surpris. Alors il le fait déjà depuis plusieurs année, mais il y a quand même quelque chose quand l’église, mais pas la religion, l’état du Vatican. Parce que l’église c’est la religion d’un côté, et puis c’est l’état. Le pouvoir du Vatican, quand il se sent en danger. Souvent l’église quand il se sent en danger de quelque chose justement par rapport à un mouvement, elle régresse ou elle se rétracte ou elle se barricade. Benoit XVI, la première chose qu’il fait, il remet la messe en latin, c’est quand même fermer des portes à la parole du Christ pour qu’elle puisse être entendu par tout le monde.

MG : C’est vrai que nous avons un Pape qui est conservateur, qui est traditionnel. Il aime la tradition. Mais comme vous dites, et vous avez raison, il ne faut pas fermer les fenêtres et les portes à l’évolution. Et il ne faut pas se défendre. Il ne faut pas se barricader. Parce que quand on se défend, on est plus capable d’écouter. Il faut aller vers les autres sans avoir peur. Et je crois que si l’église a peur, elle ne peut pas évoluer.

Alexis : Tu n’évolueras pas avec des gens comme ça. Qu’est-ce que tu veux ?

MG : Alors c’est vrai que le Pape n’est pas pour le changement, mais le Pape n’est que le Pape ! Et ça viendra.

Driss : Laura.

Laura : Oui je voudrais savoir comment on fait, vous faites partie d’une institution, comment on fait quand on n’est pas d’accord avec par exemple le Pape, le représentant de cette institution, comment vous faites ? Vous continuer à travailler et à défendre… Parce que nous, quand on n’est pas dans l’église, c’est peut être plus facile pour nous de critiquer une institution avec laquelle on n’est pas d’accord, mais vous comment vous faites quand vous n’êtes pas d’accord ?

MG : Et bien écoutez, je suis très attaché à la liberté de parole. Sur les sujets de société etc., je ne m’en suis pas privé, mais ça devenait un peut insupportable par rapport à avant.

Melchior : Casse bonbon.

MG : Et donc c’est comme ça que j’ai été viré. J’ai quitté Evreux en 95 parce que voilà, il fallait qu’on me fasse taire en quelque sorte. Et donc je suis hors les murs. Si j’étais évêque d’Evreux, je ne serais pas avec vous ce matin. C’est grâce à Rome que je suis là ! (Rires). Mais pour dire voilà, c’est vrai que pour des questions de morale… Je me rappelle, le préservatif il y a 20 ans,

Melchior : Oh ! C’est dégoutant le préservatif !

MG : C’est pas croyable. Sur la contraception et tout ça, bon ben… je trouve qu’il faut avoir la liberté de parole. Et qu’il faut pas sacraliser la personne du Pape. Il ne faut pas sacraliser les gens de la religion, c’est pas bon. Nous sommes des hommes comme les autres. On a un fonction et on peut se tromper, et tout et tout. Vous savez, tant qu’on a peut, on n’est pas libre. Mais quand on est libre ça fait peur (Rires). Les gens libres font peur. Heureusement pour la société, comme pour l’église, il n’y en a pas beaucoup. Mais s’il y en avait beaucoup, vraiment… Donc Jésus il a secoué les consciences. Il a remué dans sa famille les disciples et les grands prêtres, le pouvoir romain. Il n’était pas confortable Jésus. Et donc il a fallu le faire taire. Donc les gens libres font peur, parce qu’ils apparaissent comme déviant. Ils apparaissent comme soulevant des sujets tabous.

Melchior : Des sujets tabous.

MG : Moi je me rappelle quand j’étais en Algérie, pendant la guerre d’Algérie, il y avait un général qui s’appelle Jacques de Bolarière, qui s’est élevé contre la torture que l’armée française faisait. Alors, ça c’était un sujet tabou. Personne ne pouvait en parler, ni la presse… Et il a dit : « En tant qu’officier, en tant que français, et en tant que chrétien, je m’élève contre cette pratique qui est contre l’homme. » Alors aussitôt il a été débarqué, il a dû quitter l’armée. Il est revenu en France, il a perdu ses amis, il a perdu sa carrière et tout. Mais au nom de sa conscience… C’est formidable ça. Voilà, alors les gens libres, ben ça coute cher. On perd des amis, on perd sa situation. Ils ne veulent pas avoir d’ennui, et alors comme ils ne veulent pas avoir d’ennuis, ils parlent politiquement correcte. Et quelque fois on a deux poids, deux mesures.

Pascal : Est-ce que vous n’avez pas été victime des média ? Est-ce qu’il n’en ont pas usé ? Est-ce que vous n’auriez pas été plus efficace à Évreux ?

MG : Je ne sais pas. Vous savez, ils ont un rôle important, et quand ils viennent, pour tel situation, c’est difficile, moi je ne veux pas etc. On dit ce qu’on a envie de dire et après ils font ce qu’ils veulent, et ça répercute beaucoup, vous voyez. C’est beau.

François : Et quand c’est beau, c’est la joie de vivre.

MG : Oui.

Thomas : Vous avez parlé d’un jeune qui est mort d’ailleurs. Vous avez dit qu’il y a des amis qui ont du mal à abandonner leur ami qui est décédé. C’était à quelle église ça justement ?

MG : C’était l’église Saint-Marcel.

Thomas : C’était où ?

MG : Dans le 13ème arrondissement.

Thomas : C’était il y a combien de temps ?

MG : Ça doit faire un an et demi.

Melchior : Ils ont du mal à accepter qu’ils ne sont plus de ce monde.

Driss : Du mal à accepter de ne plus être de ce monde. Ah oui. Quand un jeune meurt, c’est toujours très très dure à accepter.

Alexandre : Alors la question que je voulais vous poser, la réponse a été plus ou moins donné. Quel est votre opinion, justement, mais apparemment il est conservateur machin, par rapport à Benoit XVI, qu’est-ce que vous en pensez vous de ce Pape ?

MG : Ce que je peux dire c’est que quand il a été élu Pape, pour moi ça a été comme une douche froide.

Melchior : Une douche glacée.

Alexandre : C’est à dire ?

MG : Et bien moi j’aime pas les douches froides, hein ! (Rires)

Melchior : Moi non plus !

MG : Alors j’étais à la fois surpris et un peu bouché quoi, parce que le connaissant déjà avant, j’ai dit, c’est comme ça qu’il sera. Alors, j’ai été critiqué par des gens disant il faut laisser la chance aux gens d’évoluer. C’est vrai, j’ai dit : « Je veux bien que le Pape m’étonne, je souhaiterais être étonné par lui » Après tout, ayant une responsabilité plus large, peut être qu’il peut changer, mais non, ça n’a pas changé.

Pascal : Remarquez il l’a fait, il nous a étonné par ses positions.

Alexandre : Oui, enfin…

MG : C’est vrai et c’est bien rester dans une ligne conservatrice.

Alexandre : Il vous a étonné manifestement négativement.

MG : Voilà, tout à fait. Je n’aurais pas imaginé qu’il ré-intègre des gens… enfin c’est comme ça.

Alexandre : Il est rétrograde, il est bon donc… Avec lui le changement n’est pas possible et c’est dommage.

MG : Oui. En même temps vous savez, on n’arrête pas la marée qui monte.

Alexandre : Oui mais enfin, c’est quand même dommageable parce que…

MG : C’est sûr, mais tout ne dépend pas du Pape heureusement, sur la vie du terrain, la vie est forte. C’est vrai.

Alexandre : Oui, mais enfin…

Driss : Arnaud ?

Arnaud :Je voudrais dire un mot, dans tous les cas Jacques, avec quoi t’es-tu rasé le matin ?

MG : Et bien, je ne prends pas de rasoir électrique.

Melchior : Ça c’est un bonne question !

Arnaud : Et moi je un rasoir électrique. J’aime pas le rasoir électrique.

Melchior : Comme moi !

MG : J’ai un blaireau.

Arnaud : Tu sais moi ce qui me fait peur c’est que je retourne en Bretagne tout à l’heure et que ça me fait peur.

MG : Faut faire attention aux bretons hein !

Melchior : Qu’est-ce qu’ils ont les bretons ?

Arnaud : Je vais t’expliquer Jacques. Il y a une nouvelle personnes qui s’appelle Anne-Marie que je ne connaissais pas avant. Alors c’est souvent qu’elle me parle méchamment et ça je n’apprécie pas.

François : Et bien défend-toi !

Driss : Alors Arnaud est depuis quelques temps dans une association catholique qui l’accueil, et c’est des gens extra-ordinairement charmant, chaleureux. Mais c’est très très difficile pour lui d’accepter cette nouvelle vie, parce qu’elle les sépare des siens qui sont très très âgés, qui se font du soucis du après. Il est très très préoccupé parce qu’on doit repartir cet après-midi là-bas et donc c’est quelque chose qui…

Melchior : Qui l’angoisse.

Driss : Qui l’angoisse et qui l’inquiète.

Arnaud : Oui mais c’est que j’ai peur qu’on m’emmène me faire tatouer pendant le séjour. (rires)

Driss : On ne va pas t’emmener te faire tatouer pendant le séjour. Les catholiques ne tatouent pas.

Thomas : On aura tout entendu.

Driss : C’est qu’ils ne l’ont jamais fait. Je ne pense pas qu’il l’ait jamais fait.

MG : Ah non.

Driss : On ne te tatouera pas.

MG : Non.

Arnaud : Je ne reviendrais pas tatouer ?

Driss : Non, tu ne reviendra pas tatoué.

MG : Non, non.

Emmanuelle : Je voulais vous demander, Jésus faisait des miracles, moi je crois aux miracles, et j’ai toujours été très étonné de pourquoi l’église a tant de mal à reconnaître les miracles ? Alors qu’il y en a souvent finalement, sans que ce soit forcément spectaculaire. Et même parfois, c’est spectaculaire, mais comment ça se fait qu’ils sont si timoré à reconnaître un miracle alors que finalement c’est la base de ce à quoi croyait Jésus, la notion du miracle.

MG : Moi je crois que l’Église a raison d’être prudente, d’être réservé et ne pas dire c’est un miracle, c’est un miracle. Moi aussi je suis très réservé par rapport aux miracles. Moi la seule chose qui m’intéresse si on peut parler de miracle, c’est le miracle de l’amour. L’amour peut faire des merveille, peut faire des tas de choses. Et ça on peut parler de miracle dans ce sens là.

1h12’20

Emmanuelle : Et pour la canonisation aussi ? Par exemple une soeur Thérésa qui vient et que les espagnols la canonise…

MG : Moi je ne suis pas très porté sur les canonisations.

Emmanuelle : Oui c’est ce truc là qui est bizarre.

Alexandre : Enfin vous dites qui peut faire des miracles, mais ils peuvent faire aussi des déceptions.

Driss : Paola !

Paola : Oui, je voulais vous demander. J’ai était à un enterrement d’un ami à moi. J’ai été, ils ont mis la musique. Chez nous, on met la musique chez nous.

MG : On met la musique.

Paola : Oui et avant j’étais à un enterrement et ils sont brûlés. Ils ont brûlé le corps.

Driss : Ah incinéré.

Paola : Oui.

Thomas : Incinéré ?

Melchior : Oui, ils l’ont cramé.

Paola : Et mercredi passé, j’ai été à un enterrement, et après on est parti, on a jeté des fleurs et après le père il a demandé si on peut partir boire une tasse de café.

MG : Ben oui.

Paola : Et je voulais vous demander une chose Monseigneur, ça fait combien de temps que vous êtes monseigneur ?

MG : Et bien ça fait 28 ans.

Paola : Oh ! Lala ! (rires)

MG : Je suis un vieil évêque.

Melchior : Oh lala, oh oui, c’est incroyable.

Driss : Et oui.

Paola : Merci beaucoup.

Melchior : tu es trop vieux !

David S. : J’avais une question…heu…

MG : Ça va revenir ! Moi je vais vous raconter une petite histoire qui m’est arrivé. J’étais invité à Montreuil. Vous voyez Montreuil ?

Melchior : Oui je connais.

Paola : C’est très loin !

MG : Alors je prends le métro, la ligne 7. Et puis je change, j’arrive à Montreuil, c’était au printemps dernier. Et j’étais parti en petite veste, et en arrivant à Montreuil, il pleuvait à verse.

François : Fort ?

MG : Très fort. Alors je m’en vais sous une porte cochère en face en attendant que les cieux soient plus clément à mon égard. Et voici qu’un homme s’approche de moi, il avait son imperméable. Et il me dit : « voulez-vous mon imperméable ? » Moi j’étais très touché, c’était gentil de sa part. Et je me suis dis : « Et bien vous en avez autant besoin que moi. » Un imperméable ça ne se partage pas, je ne sais pas comment Saint Martin a fait. En tout cas, je lui dis : « C’est très gentil à vous ». On échange quelques paroles, j’apprends que cet homme est juif, et il s’en va avec son imperméable. Une minute se passe. Une femme vient vers moi avec son parapluie. Elle me dit, venez sous mon parapluie. Là je n’ai pas hésité. Sous un parapluie on peut être deux. Alors on se serrait bien les coudes, parce qu’il pleuvait toujours. Et elle me dit, ben celle qui porte ce parapluie, c’est une musulmane. Je me suis dis belle promenade œcuménique dès le matin. Un juif, une musulmane, la journée sera belle. Et je me suis dit, j’ai bien fait de ne pas prendre d’imperméable ni de parapluie. Quand on est en manque, on est bien content d’être aidé. Quand on a ce qu’il faut, on peut se passer des autres. Et quand on n’a pas ce qu’il faut, et ben on a besoin.

François : Ah ben, on a besoin de s’occuper des autres, mais pas pour longtemps.

MG : Pas pour longtemps ? Ah bon ?

Driss : C’est vrai qu’on est toujours dans cette préoccupation d’avoir tout.

MG : Tout ce qu’il faut.

Driss : Et un peu plus.

MG : Alors, si on est tellement prévoyant pour la sécurité, on peut se passer autres. Mais quand on se dit, ha ben j’ai pas cela, j’ai pas ceci, ben on se tourne vers les autres. Ça fait des contacts.

Driss : Et justement vous avez eu de la chance qu’elle vienne mon père.

MG : Ben oui ! Vraiment, les gens à Montreuil, formidable !

David S. : J’ai eu des expériences moi, des fois d’injustice, J’étais dans une église évangélique, et ce qui s’est passé, c’est que le pasteur qui est là, est-ce qu’il faut croire ou ne pas croire à ça ? Pose les mains, les hommes et les femmes posent les mains et il dit : « Sort de son corps » et il se roulait par terre. C’était assez… Ça veut rien dire ça.

David J. : C’est génial.

David S. : Par terre : « Sort ce corps, sort ce corps ! » et les personnes disaient qu’elles étaient fatiguées. Elles étaient fatiguées.

Melchior : N’importe quoi.

David S. : Elle sort de ce corps, et c’est parce qu’elle voulait se convertir à Jésus, et ils disent eux qu’ils ne sont pas dans la religion. Et que eux détiennent la vérité et personne n’a vraiment la vérité… Personne n’a vraiment la vérité à mon avis. Je sais pas si dieu il existe, ça pose un millier de question. Mais ça, c’est… Après il dit : « Si eux ils disent, critique tout ce que vous voudrez. Ce que vous faites c’est presque de la merde. » Ils parlent comme ça, et je trouve qu’ils sont complètement… J’ai jamais vu des gens qui ont autant un manque, qui ne sont pas ouvert d’esprit quoi. Ça qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que vraiment il y a un miracle, est-ce que sort de ce corps. Il dit : « Esprit sort de ce corps » Et apparemment ils entendaient. Et moi je ne suis pas là pour vérifier.

MG : Moi je ne suis pas très porté sur ces choses là, moi.

David S. : Non, non, non, mais ça fait quand même. On est quand même surpris. Est-ce que c’est vraiment des bêtises ?

Driss : Mais attend David. Il y a plein de secte, il y a des sectes avec de pratiques, avec des bizarreries.

David S. : C’est des évangélistes. C’est pas reconnu comme une secte.

1h19’50

Driss : Il y a toujours des dérives.

MG : Il faut se méfier de tout ce qui est un peu comme ça, dérive. Et puis dans une église comme ça, on fait des trucs. Moi c’est le terrain de la vie qui est le premier. J’aime bien quand Jésus dit : « J’ai été un prisonnier, vous êtes venus me voir, j’ai été malade, vous m’avez visité, j’ai eu faim, vous m’avez donné à manger, j’ai été un étranger, vous m’avez accueilli. » Ça c’est dans la vie. Ça c’est important. La pratique du frère. Pas besoin d’aller dans une église pour faire des trucs comme ça.

David S. : Il y a un truc que je voudrais dire, c’est qu’il y en a qui disent clairement la chose. Je trouve ça effarant de dire ça. C’est à dire que si vous n’êtes pas d’accord avec eux, parce qu’ils disent que c’est écrit dans la bible. Des gens disent, si vous croyez pas en Jésus, vous n’irez pas au paradis, et il nous fait tout un schéma horrifiant de l’après-vie sur terre.

MG : Et bien il faut éviter de rentrer dans ces églises là. Ben oui c’est dangereux.

David S. : C’est extrêmement dangereux.

Alexandre : Alors la question que je voulais un peu vous poser aussi c’est comment devient-on évêque et qui est-ce qui décide ?

MG : Et bien moi j’étais partie, je ne sais plus où j’étais. Je suis revenu à Chaumont, j’étais en Haute-Marne prêtre. Et dans le courrier, il y avait une lettre du Mont Saint Apostolique. C’est la première fois que je voyais une lettre du Mont Saint Apostolique. Et j’ai pensé que, ma première réaction en voyant que j’avais été nommé évêque, j’ai pensé que c’était une farce des copains.

Alexandre (en riant) : Ah d’accord.

MG : Ils ont profité que j’étais parti pour me faire une lettre de nomination.

Alexandre : Donc vous étiez surpris.

MG : Souvent ils m’ont dit : « Tu feras comme évêque ». Alors je me dis : « tien ils ont fait ça ». Et ça avait l’air assez officiel quand même. Et puis c’était mis que j’étais tenu au secret, qu’il ne fallait pas que j’en parle. Alors j’étais bien embêté.

Alexandre : Ben oui.

MG : Mais enfin, j’ai quand même vu que la lettre paraissait cachée. Alors là l’ennui pour moi c’est que je ne pouvais pas en parler. Moi qui suis un peu communiquant volontiers. Et alors, il y avait des réunions, avec des femmes en particulier, qui sont catholique. Et alors on prenait des dates pour la prochaine fois. Et puis moi je savais que je serais plus là, et je notais et tout cela. Alors les femmes, qui sont intuitives les femmes, elles me disaient : « Vous n’êtes pas comme d’habitude. Vous nous caché quelque chose. » Je dis : « Mais non, mais non. » « Ah non, vous n’êtes pas comme d’habitude, on vous sent chagriné ». Comment moi je suis chagriné, « mais non » je me défendais, mais elles sentaient bien que je n’étais pas dans mon assiette et que je prenais un peu facilement les dates du mois prochain. Enfin voilà, après elles m’ont dit : « Oh ! Vous voyez bien qu’on avait bien senti qu’il y avait quelque chose. »

Alexandre : Oui, alors ça veut dire que c’est parce que vous n’aviez pas sortit le document confirmant que…

MG : Ben non, je gardais ça pour moi.

Alexandre : Ben oui, mais ce que je disais, c’est qu’au début, vous étiez surpris.

MG : Oui.

Alexandre : Oui, il y avait quand même la surprise.

MG : Oui, mais c’est comme ça.

Alexandre : Parce que quand vous me dites que vous aviez eu une lettre du Mont Saint Apostolique, mais que finalement, vous pensiez que c’était une farce des copains, vous vous dites attendez, il y a eu un poisson d’avril quelque part.

MG : Voilà, mais oui.

Alexandre : Non, mais c’était ça Monseigneur.

MG : Oui, c’est pas une réaction très pieuse, je m’en excuse.

Driss : Thomas !

Thomas D. : Driss pourquoi on fait le Papotin au premier étage aujourd’hui et pas au troisième ?

Driss : Ce n’est pas notre salle habituelle, notre salle habituelle est au deuxième. Mais ils sont en train de préparer un décors. Donc…

Sadek : Elle s’appelle comment notre salle là haut ?

Driss : Le paradis.

Thomas : On est en enfer.

Alexandre : Et je ne sais pas où est l’enfer.

Driss : Notre salle c’est le paradis. Voilà.

MG : Et bien.

Driss : Thomas ?

Thomas D. : Monseigneur, ils sont pas venus les gens et je suis déçu.

Driss : Ils ne sont pas venus parce que tu vois, ils sont resté coincé, il n’y avait pas de RER. C’était très compliqué.

Thomas D. : Ils seront là quand ?

Driss : Ben mercredi prochain. Il n’y aura pas de grève, j’espère.

MG : En tout cas je trouve qu’il y a beaucoup de monde.

Driss : Ben on est plus nombreux, on est plus nombreux que ça.

Pascal : Il manque l’ordre de Malte.

Driss : Hein ?

Pascal : Il manque l’ordre de Malte.

Driss : Il manque l’ordre de Malte, l’ordre de Vigneux. Voilà, c’est l’ordre de Malte. C’est des gens absolument formidable.

MG : Et bien, ça m’impressionne. Il y a une question là haut ?

Paola R. : Comment votre maman a pris la décision de faire prêtre ? On dit comme ça en Français, vous êtes prêtre ?

MG : Et bien je crois qu’elle était plutôt heureuse, mais elle voulait s’assurer que je serais heureux en faisant ce choix. Elle a été je crois plutôt heureuse.

Paola R. : Surprise ou pas surprise ?

MG : Pardon ?

Paola R. : Parce que vous parliez de l’intuition féminine…

MG : Elle n’a pas été surprise vraiment. Non parce que voilà. J’allais servir la messe, je faisais ceci. Elle pensait qu’il y avait quelque chose. Mais, elle m’a laissé libre, évidemment.

Alexandre : Mais, est-ce que malgré tout, on arrive à garder ses occupations habituelles ? Parce que je vois par exemple quand on va dans des couvents machin, ils sont très liés à tout ce qui est la messe, etc. Ils sont très là-dedans, et ils n’ont plus rien autour. Ils sont très cloitrés. Alors est-ce que vous vous êtes cloitrés, ou est-ce que vous arrivez à avoir des occupations ? (Rires)

MG : Moi je ne supporte pas les murs.

Alexandre : Vous ne supportez pas les murs ?

MG : Quand je vais en prison, ma première idée c’est de me dire : « Comment je pourrais m’évader ? » Et j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui s’évadent.

Melchior : En cassant la porte.

Alexandre : Pardon ?

MG : Quand quelqu’un s’évade, j’ai beaucoup d’admiration. Je me dis vraiment, il a du tempérament. De prendre un risque comme ça. Et j’ai toujours peur qu’on les reprenne, et on les reprend souvent. Alors je dis ça, quand il y a eu des évasions, il y a eu quelque temps là. Quelqu’un qui s’est évadé, on a mit des mois à le retrouver. Il était forestier. Et bien j’ai dit au repas : « Et bien ça c’est formidable. Qu’il ait réussi, ça c’est extra-ordinaire. » Mais les autres n’admiraient pas du tout. On m’a dit : « Mais c’est un voyou ! » Vous voyez à Port au Prince en Haïti quand il y a eu le grand cataclysme là.

Alexandre : Ben, il y a eu un séisme.

MG : Il y a eu une immense prison de 4000 personnes, 4000. Et alors les murs se sont écroulés. Et les prisonniers ils se sont taillés. Alors j’ai la première belle chose de ce tremblement de terre, c’est d’avoir libéré les prisonniers. Mais les gens n’étaient pas content que je dise ça. Mais c’est des voyous, c’est des voyous.

Melchior : Des racailles.

MG : Alors moi j’étais bien content… Oui racaille. C’est formidable pour eux, ils sont tous partis.

Emmanuelle : D’ailleurs on dit se faire la belle.

1h28

Melchior : En gros se tailler.

MG : Alors je ne sais pas ce qu’ils sont devenus, mais enfin ils sont partis !

Driss : On les a ramassé.

MG : Oui alors j’aime pas les murs et chaque année je vais dans un monastère qui s’appelle La pierre qui vire dans le Morvan. Et bon je vais 5-6 jours, mais pas plus. Je suis content de repartir. Les moines sont sympathique, mais pas plus.

Melchior : Moines Shaolin.

MG : Je me vois pas plus.

Alexandre : Mais enfin là ils ne pouvaient pas faire autrement que les libérer. Parce que étant donné ce que vous me dites qu’il y a eu un séisme machin et tout. Euh bon, je veux dire comment on fait pour…

Driss : Ils ont été libérés malgré eux. (rires) Thomas.

Thomas D. : Monseigneur, vous habitez où ?

MG :J’habite dans le 5ème, rue Laumont.

Thomas D. : À quel étage ?

MG : Et bien j’ai une chambre au troisième étage. Sinon

Thomas : À côté de Censier Daubenton ?

MG : Oui. Et alors on est un grosse communauté, on est 47.

Thomas D. : Ça vous dit pas qu’on aille faire les course ensemble ? Avec Lucas, on a fait un petit tour ensemble samedi après-midi.

MG : En tout cas, si tu passes, tu peux venir me voir.

Driss : Est-ce que tu entends ce que te dit Monseigneur ?

Thomas D. : Oui.

MG : Si tu passes par là, tu peux dire : « voilà, est-ce que l’ami Jacques est là ? »

Rafaël : Vous êtes locataire ?

MG : Ben oui, je paye ma pension. Oui locataire.

Melchior : Ben dis donc !

Emmanuelle : Vous deviez être très lié avec l’abbé Pierre ?

MG : Oui, c’est un bon type.

Emmanuelle : Parce que vos idées convergent totalement.

MG : Oui, c’est un bon type. C’est vrai.

Emmanuelle : Est-ce que vous pensez que Augustin Legrand prend la vraie relève ?

MG : Ah, c’est autre chose. Je pense que c’est quelqu’un qui de temps en temps fait une opération coup de poing. Puis il continue son chemin. On a besoin d’initiatives nombreuses. On est chacun comme ça, on est jamais assez nombreux pour aider les familles mal logée.

Yoann : Et vous vous serez jamais mal… Je peux prendre la parole Driss ?

Driss : Oui.

Yoann : Quand vous serez mal logé, est-ce que les propriétaires ont déjà reçu un logement lucratif ?

Melchior : …lucratif…

Driss : Mal logé donc c’est des gens qui ne perçoivent pas de loyer. Qu’est-ce que tu… Je ne sais pas très bien ce que tu as dit.

Yoann : Ils ont envie de projets.

Driss : Non, les mals logés vivent dans des lieux.

Yoann : Ah oui, c’est des locataires.

MG : Oui.

Driss : J’ai pas compris Yoann, on n’a pas compris.

Yoann : Moi j’ai compris le solution.

Driss : Tu as une solution ?

Yoann : Oui, les mal logés.

Driss : Tu as une solution pour les mal logés ?

Yoann : C’est une protection bailleur.

Driss : Une protection bailleur ? Tu te préoccupes du bailleur toi, donc du propriétaire ? Pas de mal logés.

Yoann : Par exemple si je te donne un premier loyer de 5000€.

Driss : 5000€ ?

Yoann : Et je te donne un second pour 49€ par moi.

Driss : J’ai pas compris.

Yoann : Allé, fin de la parole.

Driss : C’est très énigmatique ton truc.

Yoann : C’est pas mal du tout néanmoins. (Rires).

Yoann fait des roulades.

Driss : Il a besoin de se déplier un petit peu. Oui Raphaël, je t’ai entendu marmoner.

Raphaël : Je voudrais faire un sondage sur la loi Dalo ?

Driss : Un sondage sur la loi Dalo ?

Raphaël : Par rapport à…

Driss : Vient rapproche-toi, on ne t’entend pas.

Raphaël : C’est une loi qui n’est pas très connue. C’est une loi qui est passée il n’y a pas très longtemps et il faut choisir entre un logement neuf ou ancien. Ça veut pour ceux qui n’ont pas de logement, c’est choisir enfin logement neuf ou un ancien.

MG : Je crois qu’un des problème pour la loi Dalo, c’est qu’on n’a pas de logement à donner.

Yoann : Non, pas de logement donné !

MG : Il y a des dossiers prioritaire, mais le préfet dit : « écouter, je ne peux pas. »

Raphaël : Ils sont responsables, ils ne sont pas informés.

Yann : Qui veut un logement sans loyer, levez la main ! (rires)

Driss : Il n’est pas à la recherche d’un logement.

MG : Il y en a qui prennent carrément un logement vide.

Yoann : Quoi un logement vide !

MG : Oui, ils font des squatte, il y en a qui font des squattes.

François : À quoi ça sert les squattes ?

MG : Et bien par exemple j’ai fait un squatte, c’était en 95 quand j’ai quitté Évreux, on est venu, c’était dans le 7ème arrondissement. C’était une école qui était vide depuis 4 ans. On l’a occupé, on était 400.

François : Mais ça fait beaucoup !

MG : Pendant 1 an.

François : Ça fait beaucoup.

MG : L’abbé Pierre était là et il avait obtenu que la Police ne nous viderait pas. Et on est resté 1 an là.

François : À quoi sert la police ?

MG : À vider ! À vider les gens qui occupent un logement, dans ce cas là.

Melchior : Dégage de là.

1h34’37 »

Alexandre : Enfin c’est quand même lui, l’abbé Pierre qui a fondé Emaus. Qu’est-ce que vous en pensez de ce truc là ?

MG : La question ?

Driss : Qu’est-ce que vous pensez d’Emaus ?

MG : Je suis allé quelque fois, du temps de l’abbé Pierre dans la communauté d’Emaus. C’est de gens très accueillant qui vivent de leur travail. Ils ont récupéré des tas de choses.

Thomas : Eu maintenant ils font un peu de tout.

Alexandre : Est-ce que vous pensez que c’est une bonne chose ou que c’est un truc qui ne sert strictement à rien ?

MG : Je crois que c’est utile.

Yoan : C’est pas faux.

MG : Ça a été créé il y a 60 ans. Et dans pas mal de pays et ça continue de vivre, bien. C’est bien.

Thomas : Ils travaillent sur l’insertion maintenant.

Driss : Oui, ils font de l’insertion aussi. La ré-insertion.

Sadek : Il y a eu une émission sur Emaus il n’y a pas longtemps et justement ils parlaient un petit peu de ce qu’il faisait. Et c’est vrai qu’il y a une ré-insertion importante.

Driss : Arrête de te donner en spectacle Yoann. Tu vois…

Yoann : Non ! Je continue !

Thomas : Oh, Yoann…

Melchior : Tu es lamentable.

Yoann : Non, je continue.

Melchior : Tu n’es qu’un Noucha lamentable.

Yoann : Je continue, je continue !

MG : C’est spectacle !

Melchior : C’est un spectacle lamentable.

Yoann : Je continue, arrête !

Grégory : Yoann, tu vas t’asseoir !

Driss : Voilà, il a besoin de se détendre un petit moment. Parce que ça reste…

Melchior : Oh mes vertèbres !

Driss : Il ne dérange personne.

Grégory : il est gentil comme tout. Il est gentil Yoann.

Driss : Alors d’autres questions ? On a été extraordinairement sérieux. S

MG : C’est vrai !

Driss : C’est très sérieux.

Melchior : Pour une fois, on n’a pas été débile !

Driss : On n’est jamais débile. Mais là vous êtes restez avec Monseigneur.

MG : Tu es resté sérieux !

Driss : Resté serieux.

Melchior : Et de l’ânerie bien sûr.

Matthias : Driss ?

Driss : Oui ?

Matthias : Pour un roi mage c’est du sérieux ! (rires)

Driss : Oui, parce qu’il s’appelle Melchior.

Matthias : Je veux parler de mon ami Melchior.

Melchior : Merci Matthias !

MG : Ah !

Driss : Pour un roi mage il est drôlement sérieux !

Matthias : Moi je ne suis pas un roi mage moi !

Driss : Non, Oui ! Yann !

Yann : Est-ce que vous écrivez des livres ?

MG : Oui.

Yann : Ah ! Quel genre de livre ?

MG : Ben par exemple, l’un des derniers c’était « Carnet de route ». C’est à dire que chaque mois, je mets sur internet un peu des rencontres. Peut être que je ferais un carnet de route de cette rencontre. Et puis un éditeur a rassemblé tout pour en faire un livre. Il y en a une autre qui se fait actuellement par deux écrivains, deux journalistes. Alors je ne suis pas l’auteur, mais c’est eux qui font un livre sur moi. On verra.

1h38

Thomas : Je voudrais parler aussi d’un truc, combien y’a-t-il de lieu de pèlerinage ici en Europe ?

MG : Il y en a beaucoup.

Thomas : En Europe je disais. On a la France à Lourdes, on a l’Espagne avec Saint-Jacques de Compostelle. Je veux, est-ce que la plupart des lieux on des ritournelles comme celles que l’on entend à Lourdes avec l’Avé Maria ?

MG : Moi je n’ai pas beaucoup d’expérience de Pèlerinage.

Thomas : Ritournelle, ça veut dire, je veux dire, un air des quart d’heure quoi.

Driss : Tu as déjà été en pèlerinage ?

Thomas : Non, mais j’ai entendu dire.

Driss : Oui Sadek.

MG : J’ai pas d’expérience.

Sadek : Monseigneur, Je voulais vous demander, est-ce que c’est vous qui avait créé une paroisse virtuelle sur internet ?

MG : Oui. Étant donné que j’ai été nommé par Rome évêque de Partenia. Partenia, ça existait dans les premiers siècles. Il y avait un évêché par très loin de Setif, sur les hauts plateaux. Et ça a disparu au 5ème siècle avec l’arrivée des Vendale d’Espagne. À l’époque il y avait beaucoup de petits évêché, et c’est tombé comme un château de carte. Et donc je ne sais plus où c’est. Ce n’est pas la peine d’y aller, il n’y a plus rien. Donc je suis évêque d’un diocèse qui a disparu. Et c’est intéressant parce que ça n’a pas de frontière. Un jour j’étais en Bolivie à la Paz, et je vais à l’évêché. Et l’évêque me dit : « Alors qu’est-ce que c’est que Partenia ? » Alors je lui explique en quelques mots, c’est un évêque intelligent, ça ne veut pas dire que les autres ne le sont pas. Et il me dit : « Alors si je comprends bien, lorsque vous venez chez moi, je suis chez vous. » (rires) Et je dis : « C’est ça, c’est tout à fait ça. » Il m’a permis de mieux comprendre. Donc Partenia c’est partout, même ici.

Driss : C’est génial.

Joyce : Justement à propos de Partenia, du coup il y a 15 ans on vous bannis. On pense que ça va vous freiner dans vos initiatives, et justement vous avez retourné, vous en avez fait quelque chose de grand d’inimaginable. C’est une notion de comment faire… Ils vous ont handicapés et vous en avez fait une force et quelque chose d’inédit.

MG : Tout fait, moi je crois qu’il faut toujours rebondir sur l’évènement. Il y a un obstacle qui est difficile, et bien il faut essayer de le surmonter. Voyez, regardez quand vous allez en montagne. Moi j’aime bien écouter l’eau du torrent. Vous savez, c’est un bruit sympathique, qui ne fatigue pas. Et puis je me dis, au fond qu’est-ce qui fait chanter l’eau du torrent, ce sont les pierres, ce sont les rochers qui sont des obstacles à l’eau. S’il n’y avait pas ces obstacles, l’eau ne pourrait pas chanter. Et bien dans nos vies on a des obstacles imprévus qui tombent sur nous. Et ben il faut savoir surmonter.

Thomas : Il y a les traditions aussi. On parlait de la vierge Marie tout à l’heure. On parlait des traditions qui est dite. Quand il y a une statue d’ave Maria. Quand il y a une statue qui pleure, là il faut prier. Comment ça se fait ? La dernière fois c’est un tableau de la vierge Marie qui avait pleuré les larmes. Parce que quand il y a des larmes qui coulent, sur une statue…

MG : Ah bon ?

Thomas : Déjà que dans… Oui sur la vierge Marie je crois.

MG : Je ne suis pas très attiré par ça.

Driss : Dans le Coran il y a un verset qui dit dans le texte (phrase en arabe). C’est textuel du Coran : « Il nous serait souhaitable que vous craignez quelque chose qui vous arrive qui vous serez profitable. » C’est exactement. C’est quelque chose quand même quand vous avez été renversé, c’était quand même quelque chose qui était très dure.

MG : C’est sûr, je ne m’y attendais pas. Alors les gens ont été merveilleux. Ils ont été formidables. Je reviens de Rome quand j’ai appris ça. J’arrive à Évreux par le train, et sur le quai de la gare j’ai un ami qui était là. Un ami qui est journaliste. Alors tout de suite il a balancé ça sur TF1 etc. Alors c’est parti dans les média. Arrivé à Évreux, il y avait une forêt de caméra, de télévisions. J’arrive à l’évêché, impossible de rentrer à l’évêché ! Un évêché plein comme un œuf. On ne pouvait pas entrer à l’évêché quand même. Ils étaient partout ! Et alors ils étaient silencieux comme un mort. J’ai dit : « Je ne suis pas encore mort ». Hein ! Ils étaient abattus vraiment. Et puis c’était beau, c’est touchant. Le deuxième jour, ils se sont réveillés. Le premier jour ils étaient comme ça.

Driss : Ben oui, ça fait toujours…

1h44

MG : Si bien que c’était beau de voir les gens. Mais oui. J’étais un jour en Allemagne à Franfort. Et le soir j’étais invité par des religieuse, père Defouco. Alors après avoir mangé partagé, je dis avant de quitter, ben écoutez, est-ce que vous avez une parole à me laisser que je garderais en souvenir de vous ? Il y a une religieuse qui lève le doigt. Elle avait un visage ridée comme une vieille pomme normande. Elle me dit : « Moi j’ai une chose à vous dire, que votre cœur ne s’aigrisse jamais. » C’est une belle parole. Que votre coeur ne s’aigrisse jamais. Vous savez on peut se fermer comme une huitre. Moi j’ai connu des gens qui étaient très ouverts serviables, formidable. Je ne sais ce qui s’est passé, ils ne sont plus les mêmes, ils ne vont plus vers les autres, ils sont tristes. Qu’est-ce qui s’est passé ? Alors il faut faire attention de ne pas se refermer et de rester toujours ouvert aux autres. Il ne faut par s’aigrir. Mais oui.

Driss : Le Papotin nous évite ça !

MG : C’est bien alors.

Driss : Alain ? Tu voulais dire quelque chose ? Attend, Rafaël ? Alain : une dernière question ?

Alain : Inaudible.

Driss : Comment protéger les femmes et les enfants ?

Paola R. : Je crois que je veux protéger femmes, enfants innocents avec mon honnêteté.

Driss : Oui absolument. L’honnêteté, ça protège. Quand on est honnête, c’est une protection pour l’environnement. Pour les tiens absolument. Tu as raison. Bon, il est midi. Merci.

Yoann : Attend.

Grégory : Moi je voulais dire le mot de la fin… !

Brouhaha

Driss : Attend, attend. C’est à notre invité que nous laissons le mot de la fin.

François : C’est pas fini Arnaud !

MG : Je vais vous raconter une petite histoire, un petite. C’est en Allemagne, j’ai parlé à des étudiants puis à la fin j’allais ressortir et il y avait un étudiant qui était là, avec sa compagne et qui me dit : « J’ai une demande à vous faire ». Je lui dit : « J’espère que c’est pas trop dure ? ». Il dit : « un petit peu, j’aierais que vous me donniez votre montre jusqu’à 11h du soir. »

Yoann : Alors ça bravo !

MG : Et moi j’ai besoin de ma montre pour être à l’heure. Pour venir ici à 10h, tout ça, j’ai besoin de ma montre. Et alors j’osais pas refuser quand même. Alors je défaisais ma montre tout doucement et alors je n’avais pas de joie intérieur de la donner.

François : Bravo ! (rires)

MG : Alors j’étais comme ça, et puis il défait la sienne pour me la donner. Alors la compagne qui regardait le commerce là, elle me dit : « Par rapport à l’échange vous n’y perdez pas » Et donc j’ai la montre de cet allemand maintenant. Et il me dit : « maintenant que l’on a échangé nos montres on sera liés ». Il est reparti dans la nuit. Je ne connais pas son nom, je ne sais pas où il est, mais je pense à lui à chaque fois que je regarde la montre (rires) et il m’a eu, et je ne saurais jamais qui c’est.

François : Comme c’est intéressant de lire l’heure.

MG : Ben voilà.