Philippe Caubère, comédien, auteur et metteur en scène de pièces de théâtre. Acteur de cinéma. Producteur. Il connaissait le Papotin par Marc Lavoine. On l’a invité à la suite d’une projection, organisée au Lucernaire, du « Molière » qu’il incarnait dans le film d’Ariane Mnouchkine.


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Je peux te tutoyer

Arnaud : Je peux te tutoyer.

P. Caubère : Très volontiers.

Arnaud : Ça te dérange ?

P. Caubère : Non ça me fait plaisir.

Arnaud : Je peux t’appeler par ton prénom ?

P. Caubère : Absolument.

Arnaud : Maïté ton amie, elle te vouvoie ou elle te tutoie ?

P. Caubère : Elle me tutoie.

Arnaud : Elle t’appelle comment ?

P. Caubère : Elle m’appelle par mon prénom.

Arnaud : Je croyais que quand il y avait une différence d’âge on devait se vouvoyer.

P. Caubère : Moi, je tutoie tout le monde, et Maïté tutoie tout le monde aussi. Je ne sais pas pourquoi.

Arnaud : C’est ce que je préfère Philippe.

P. Caubère : Ce que tu préfères c’est quoi ?

Pourquoi il y avait du sang dans la fleur ?

Arnaud: C’est le tutoiement. Quand je t’ai vu tu avais du rouge sur toi.

P. Caubère : Sur moi ? Ah! Dans le film. C’est du sang.

Sarah : Pourquoi il y en avait ?

P. Caubère : C’est toute une histoire.

Arnaud: C’était du vrai ou pas ?

P. Caubère : Non, c’était pas du vrai.

Matthias : Quand vous avez joué la scène avec le sang, vous avez fait semblant d’être mort.

P. Caubère : J’ai fait semblant d’être blessé en tout cas. En fait, j’ai raconté comment je me suis séparé d’Ariane Mnouchkine et ça a été quelque chose de très violent, de très triste, de très douloureux. Et donc pour le représenter au théâtre j’ai imaginé que ça faisait saigner. Et aussi parce que dans Molière à la fin du film…

Sarah : Et c’est qui Ariane Mnouchkine ?

P. Caubère: C’est un metteur en scène de théâtre. Un très grand metteur en scène de théâtre. C’est une dame comme son nom l’indique. C’est mon ancienne patronne. C’est elle qui m’a formé.

François : Pourquoi il y avait du sang dans la fleur ?

P. Caubère: Ça sortait d’un tuyau qu’il y avait dans la fleur. J’avais un œillet et le tuyau allait dans la chaise et le chaise allait sous le plateau en coulisse et en coulisse il allait dehors et dehors il y avait une machine avec de l’air comprimé qui propulsait le sang. Et ma femme qui était en coulisse, envoyait des impulsions.

Matthias : Quelle horreur !

Melchior : Vous êtes un mort-vivant comme ça ?

P. Caubère: Ben c’est l’histoire d’un mort-vivant, parce que quand on joue sa vie, sa jeunesse surtout, c’est un peu comme si on était mort. On joue comme si on était mort. Mais c’est dans la tête, ce n’est pas en vrai.

François : Pourquoi le sang ?

P. Caubère: C’est pour exprimer le souffrance. C’est quelqu’un qui éprouve une douleur morale très forte. Et pour représenter au théâtre cette douleur, j’ai craché du sang. Mais aussi parce que dans le film « Molière », on voit Molière mourir dans le sang. Molière c’était moi. Il est mort étouffé dans son sang. C’est une transposition, une allégorie.

Melchior : Pourquoi il est mort dans son sang ?

P. Caubère: Il avait en fait une forme de tuberculose, et ça se soignait pas. Et il est mort étouffé dans  son sang.

Sarah : Et maintenant ça se soigne ?

P. Caubère: Maintenant ça se soigne, oui.

Paola R. : Vous croyez que c’est un sacrifice Molière ?

P. Caubère: C’est une forme de sacrifice, il a donné sa vie au théâtre, mais il est mort d’une maladie très concrète qu’à l’époque on ne savait pas soigner.

La première fois que je suis monté sur scène c’est à l’âge de 10 ans

Florent : Est-ce que vous avez fait le conservatoire ou le cours Florent ?

P. Caubère: Je n’ai fait ni le conservatoire, ni le cours Florent. Ma formation de jeune acteur a été d’abord le théâtre révolutionnaire d’Aix en Provence, qui était un théâtre de rue, politique, qui prônait la révolution, et qui travaillait avec un groupe politique qui s’appelait la ligue communiste qui existe toujours mais comique. Ensuite nous sommes entrés, avec deux autres amis, au théâtre du soleil d’Ariane Mnouchkine. Ça a été notre école en quelque sorte.

Florent : Quand êtes-vous monté sur scène pour la première fois ? Quel était votre premier spectacle ?

P. Caubère: La première fois que je suis monté sur scène c’est à l’âge de 10 ans. C’est à Marseille et c’était à l’école primaire.  A la fin de l’année la maîtresse a monté la pastorale, c’est à dire la crèche. La maîtresse a dit : «  Comme Philipe est celui qui ressemble le plus à une fille et bien il va jouer la poissonnière. » J’ai joué la poissonnière et tout le monde a rigolé et tout le monde a applaudi et je me suis dit : « Je veux faire ça toute ma vie. »

Florent : Quel a été votre premier rôle cinématographique ?

P. Caubère: Le premier rôle cinématographique, c’est Molière.

Florent : En quel année ?

P. Caubère: En 1978-77. Le tournage s’est fait en 77, il est sortit en 78. Et c’était le rôle de Molière qui était un film d’Ariane Mnouchkine. J’avais 27 ans.

Melchior : Quoi ? Tant que ça !

P. Caubère: Maintenant j’en ai 30 de plus.

Grégory : Philipe, tu fais quoi comme métier ?

P. Caubère: Je suis comédien de théâtre.

Grégory : Vous jouez beaucoup le rôle dans les spectacles ?

P. Caubère: Oui j’ai fait beaucoup de rôle.

Grégory : Est-ce que les gens ils t’applaudissent ?

P. Caubère: En général oui. Ça les fait rire et après ils applaudissent.

Grégory : Et t’aime bien faire du théâtre.

P. Caubère: Oui j’aime beaucoup faire du théâtre.

Grégory : Ils sont content les gens quand ils t’applaudissent, ils sont heureux.

P. Caubère: Oui en général je crois.

Sarah : En quelle année vous avez tourné « La gloire de mon père »?

P. Caubère: C’est en 1989-1990.

Sarah : Et « Le château de ma mère » ?

P. Caubère: Ça a été filmé en même temps. Ils ont filmé tout en même et le premier est sortit en 90 et six mois après le deuxième. Mais on a tout tourné en même temps.

Sarah : Et vous jouez le père de Marcel Pagnol ?

P. Caubère: Le père de Marcel Pagnol. Joseph Pagnol, l’instituteur.

Sarah: Et vous êtes bon dans ce rôle.

P. Caubère: Merci beaucoup.

Matthias : Vous n’aviez pas de barbe à votre spectacle.

P. Caubère: Quand je joue, je me rase. Et quand je ne joue pas je laisse ma barbe pousser.

Matthias : Je me rase la moustache avec un rasoir électrique.

P. Caubère: Moi, c’est avec un rasoir à main, mais en ce moment je me rase pas. J’ai hésité à me raser aujourd’hui pour venir vous voir, mais je me suis dit : « Tant pis, ils verront ma tête d’assassin. ». L’année dernière j’ai joué dans un film où je n’étais pas rasé qui s’appelait « Le truand », où je jouais un assassin de la mafia, un parrain de la mafia et on m’avait demandé de rester comme ça.

Florent : La musique était de Vladimir Cosma.

P. Caubère : Oui tout à fait.

Florent : Savez-vous que Vladimir Cosma vient de mettre en musique la trilogie marseillaise ?

P. Caubère : Oui j’en ai entendu parlé.

Etant donné que vous jouez tout seul, est-ce qu’on n’a pas tendance à vous prendre pour un fou ?

Alexandre : Alors quand vous ne jouer pas quels sont vos occupations ?

P. Caubère: Quand je ne joue pas, je dors beaucoup parce que je fais des spectacles tout seul et qui sont très fatigants. Je ne plaisante pas quand je dis ça. Je suis très fatigué donc je dors beaucoup. A part ça j’aime beaucoup, si je suis à Paris, aller au cinéma, je vais dans les bars, au théâtre. Je rencontre mes amis, mes copains, mes copines. Parce que quand je joue je suis tout seul avec mon équipe de techniciens. Sinon je vais dans le sud, dans la maison de mes grands-parents. Et là, je bouquine, je me ballade. Je n’ai pas de passion particulière, je lis beaucoup, j’aime beaucoup lire.

Alexandre : Vos « One man show »  durent combien de temps ?

P. Caubère: Ça dépend : Entre 2 heures et 3 heures. Beaucoup d’entre eux durent 3 heures. Les deux derniers spectacles duraient 2h au départ. Maintenant il durent 2h30. Parce que comme auteur des fois j’improvise.

Alexandre : Etant donné que vous jouez tout seul, est-ce qu’on n’a pas tendance à vous prendre pour un fou ?

P. Caubère: On a tendance à me prendre pour un fou souvent. Et on n’a pas toujours tort. Je suis un peu fou.

Alexandre : Mais vous le savez !?

P. Caubère: Oui, et je m’en accommode très bien. Parce que dans ma folie j’ai plus souvent l’impression que ce sont les autres qui sont fous. Je fais du théâtre à ma manière, je fais du théâtre avec ma folie.

Alexandre : Quand on vous le dit, qu’est-ce que ça vous fait ?

P. Caubère: Et bien, ça peut paraitre bizarre, mais ça me déplaît pas.

Alexandre : Ah ! Tiens !

P. Caubère: Parce que je trouve que la société est folle. Alors être un fou aux yeux de la société, c’est peut être, être normal justement. C’est peu être la société qui est folle.

Alexandre : La société en ce moment ne va pas très bien.

Caubère … j’ai 57 ans maintenant, je suis plus vieux.

Matthias : On peut vous rajeunir.

Caubère : Je peux me rajeunir en jouant… Au théâtre on devient ce qu’on veut… Je joue même quand je suis un bébé de 0 ans. C’est le théâtre.

Rafaël : Quel âge avez-vous ?

P. Caubère: J’ai 57 ans.

Matthias : C’est âgé ça !

P. Caubère: Quand j’ai joué Molière j’en avais 27. Ma situation ne s’est pas arrangé depuis.

Yann E. : Et Maïté ?

P. Caubère: 24 ans.

Aurélie : Elle est jeune.

Aurélie : (à Maïté)Tu vas encore à l’école ?

Maïté : Non je ne vais plus à l’école.

P. Caubère: Mais ça fait pas longtemps, elle y allé encore l’année dernière.

Arnaud : Maïté pourquoi tu as béret de Philippe ?

Maïté : Parce qu’il me l’a donné.

P. Caubère: Ce n’est pas un béret, c’est une casquette.

Arnaud: Alors je pourrais l’essayer Maïté ?

Maïté : C’est pas la mienne, c’est la sienne.

Arnaud: Philipe, je peux l’essayer ?

P. Caubère: Oh oui. Volontiers. Si tu lui rends après.

Arnaud : Est-ce je peux mettre ma tête contre la tienne Maïté ?

P. Caubère: Je peux te prêter la casquette mais pas ce qu’il y a en dessous.

Arnaud : Tu sais que c’est sans méchanceté quand je te demande si je peux mettre ma tête contre la tienne. C’est ta femme ?

P. Caubère: Euh non, c’est pas ma femme. C’est mon amie.

Arnaud: Mais tu sais Philippe c’était sans méchanceté il y a un instant quand je demandais à mettre ma tête contre la sienne.

P. Caubère: Mais bien sûr. Mais je ne peux pas décider pour elle.

Arnaud : Alors Philipe, tu fumes ou tu ne fumes pas ?

P. Caubère: Je ne fume plus, j’ai fumé quand j’étais jeune.

Arnaud : Quand je t’ai vu dans le sketch de mercredi de la semaine dernière, tu avais l’air plus jeune.

P. Caubère: J’étais plus jeune. C’est de films qui datent d’il y a 15 ans.

Arnaud: Tu avais quel âge à ce moment là ?

P. Caubère: J’avais 42 ans, 43 ans.

Arnaud : Tu sais ce que je remarque, tu avais certains vêtements bleus comme les jeunes mettent parfois des vêtements bleus.

P. Caubère: Oui, c’était mon costume de théâtre, de scène.

Arnaud : Tu mets parfois du bleu et des choses comme ça.

P. Caubère: Maintenant je suis en noir, parce que comme je suis vieux, j’essaye de me cacher.

Arnaud : Tout à l’heure Philipe, je ne t’ai pas reconnu.

P. Caubère: Mais même moi dans la glace parfois je ne me reconnais plus. Je me regarde, je me dis, c’est moi et c’est terrible.

Arnaud : J’ai remarqué que tu étais plus jeune dans la pièce.

P. Caubère: En effet j’ai 57 maintenant, je suis plus vieux.

Matthias : On peut vous rajeunir.

P. Caubère: Je peux me rajeunir en jouant. Quand je suis sur scène, par exemple, je joue moi quand j’avais 11 ans ou 15 ans ou 20 ans. Au théâtre on devient ce qu’on veut. Voir, je joue même quand je suis un bébé de 0 ans. C’est le théâtre. On se souvient, on imagine…

Grégory : Vous avez des petits enfants ?

P. Caubère : Non, je n’ai pas d’enfants.

Melchior : Pourquoi ?

P. Caubère : Je n’ai pas d’enfants parce que j’ai fait tellement de théâtre que j’ai pensé que je ne pourrais pas m’occuper d’enfants ou alors je m’en serais mal occupé.

Grégory : C’est un beau métier de faire du théâtre.

Caubère : C’est une passion surtout. Ce n’est pas tellement un beau métier, on ne gagne pas beaucoup d’argent, mais on se régale, on s’amuse.

Florent : Partez-vous quelques fois en tournée ?

P. Caubère: Je suis en tournée en ce moment. Je pars souvent en tournée. J’étais à Genève hier et avant-hier à Toulouse. Je vais aller bientôt à Marseille, à Avignon. Oui je suis en tournée.

Aurélie : C’est quoi votre origine.

P. Caubère: Je suis Marseillais.

Matthias : Vous jouez à Strasbourg ?

P. Caubère: Pas à Strasbourg. Je dois aller à Lille dans un an, à Aix-en-Provence…

Matthias : À Bordeaux ?

P. Caubère: À Bordeaux, on ne veut pas de moi. On ne m’achète pas, mais j’adore Bordeaux.

Melchior : Pourquoi ?

P. Caubère : Je sais pas, faut téléphoner au théâtre de Bordeaux.

Grégory : C’est un beau métier de faire du théâtre.

P. Caubère : C’est une passion surtout. Ce n’est pas tellement un beau métier, on ne gagne pas beaucoup d’argent, mais on se régale, on s’amuse.

Florent : Avez-vous déjà joué des personnages classiques et contemporains ?

P. Caubère : J’ai joué peu de choses classiques. Mais j’ai joué Don Juan, que j’ai monté au théâtre du soleil à l’époque. Et ensuite, j’ai joué Lorenzacio à Avignon. Autrement j’ai monté un spectacle sur les poèmes d’Aragon. Et un spectacle d’une garçon qui s’appelle Alain Montcouquiol qui s’appelle « Recouvre-le de lumière » sur la vie et la mort de son jeune frère qui était toréador et qui est mort attrapé par un taureau. ll était paralysé et il s’est suicidé. Il ne supportait plus de ne pas pouvoir faire son métier. Cette histoire m’a beaucoup touché, et je l’ai joué.

Sarah : Est-ce que tu aimes la danse classique ?

P. Caubère : J’aime beaucoup. Je trouve que c’est une très bonne école. C’est une très bonne formation.

Florent : Avez-vous réalisé le film sur votre spectacle, « Le Roman d’un acteur » ?

P. Caubère : Non, tous mes films depuis plus de 15 ans sont réalisés par un réalisateur de cinéma qui s’appelle Bernard Dartigues et toute un équipe autour de lui bien sur. Je ne pourrais pas faire les deux. Et puis je ne connais pas le cinéma, ce n’est pas mon métier. J’aime beaucoup jouer au cinéma, mais je ne sais pas faire de films.

Alexandre : Quels sont les mots qui vous font peur ? Si tant est qu’il y en ait.

P. Caubère : Eh ben les mots qui me font peur. Je serais assez d’accord avec Anaïs quand elle dit « va-t-en ». J’ai cru qu’elle disait « va-t-en », ça, ça me fait peur ou alors « tais-toi », je n’aime pas me taire. Si on me dit « obéis ! », je n’aime pas trop obéir non plus. Quel autre mot ?

Alexandre : Oui en fait il y a des mots qui vous sont difficiles à entendre.

Anaïs : Le mot caprice ?

P. Caubère : Non ça j’aime bien.

Alexandre : Il y a des mots que vous faites semblant de ne pas vouloir entendre ? Ca peut arriver ?

P. Caubère : Je ne sais pas, c’est trop complexe pour que je puisse te répondre comme ça. Parce que les mots c’est compliqué.

Melchior : C’est compliqué ?

P. Caubère : Oui.

Florent : Est-ce que vous êtes rebelle?

P. Caubère : Je suis rebelle un peu. Je suis assez rebelle à l’autorité.

Rafaël : Est-ce que vous êtes sportif ?

P. Caubère : Je suis assez sportif, oui. Je fais du vélo, et je fais de la natation.

J’ai le projet de faire un spectacle sur André Suarez avec un texte qui s’appelle Marsilio qui est un texte sur Marseille qui date de 1929 et qui est extraordinaire

Léonor : Qu’est-ce que tu aimes comme musique classique ?

P. Caubère: J’aime beaucoup la musique classique. J’aime Bach, j’aime bien Mozart, les opéras, Don Giovanni, la flûte enchantée, j’adore Vivaldi, j’adore Haendel…

Alexandre : Est-ce que vous prenez le temps d’aller à des concerts?

P. Caubère: Ça m’arrive, mais sincèrement pas souvent. Parce que je travaille beaucoup sur mes pièces, c’est un travail énorme, je joue beaucoup, quand je répète ça dure des mois. Mais ça m’est arrivé récemment, je suis allé au théâtre des Champs Élysées écouter un jeune violoncelliste. C’était magnifique.

Florent : Si j’étais acteur, j’aimerais monter des spectacles à partir d’écrits de peintres, de musiciens…

P. Caubère: Il y a eu des spectacles comme ça, par exemple sur les lettres de Van Gogh.

Tu as raison, ça peut être très beau. Il faudrait monter quelque chose sur les écrits de Stanislavski, qui était un très grand metteur en scène russe. Mais tu as raison, on n’en fait pas assez. Il doit y avoir d’autres exemples d’ailleurs… Les lettres de Van Gogh, Alfred de Musset, c’est une correspondance amoureuse ça plutôt, les lettres à un jeune poète, de Rilke… Niels Arestrup a monté un spectacle dessus.

Yann E : Combien de spectacles avez-vous monté ?

P. Caubère: J’en ai fait 23.

Florent : Ça va être quoi le prochain projet de spectacle ?

P. Caubère: Pour l’instant je ne sais pas du tout quel sera mon prochain spectacle. Parce que j’arrive vraiment au bout d’un projet de 25 ans et je pense que je vais avoir besoin de temps pour écrire, et laisser venir. Alors j’ai plusieurs idées. J’aimerais travailler avec d’autres acteurs. j’aimerais faire un spectacle sur André Suarez. Mais pour l’instant je préfère repousser les projets pour avoir une période…

Yann E. : Ça fatigue de préparer un spectacle.

P. Caubère: Ouais, ça fatigue de préparer le spectacle, ça fatigue de le jouer. C’est fatigant.

Florent : Je souhaite que vous meniez à bien votre spectacle sur des textes d’André Suarez.

P. Caubère: Ah, oui. Vous connaissez André Suarez ? J’aime beaucoup André Suarez.

Florent : J’ai lu « Voyage du condottière ».

P. Caubère: Ah oui, bravo ! J’ai le projet de faire un spectacle sur André Suarez avec un texte qui s’appelle Marsilio qui est un texte sur Marseille qui date de 1929 et qui est extraordinaire. C’est une peinture de Marseille de cette époque là qui me fait un peu penser à Fellini Roma. Un autre texte qui s’appelle « Vue sur l’Europe » qui raconte la montée d’Hitler dans les années trente qui est extraordinaire aussi.

Alain : C’est la période la plus meurtrière de notre histoire.

P. Caubère: Absolument. À l’époque les pays d’Europe ne voulaient pas voir le danger vraiment d’Hitler et lui le voyait. Il se rendait compte et il disait : « Faut faire la guerre à Hitler ». Et les pays d’Europe ne voulaient pas faire la guerre en pensant que ça allait passer. Que ce n’était pas grave.

Florent : Est-ce que vous avez déjà participé à des concerts classiques ?

P. Caubère: Non. J’ai joué avec un accordéoniste. J’ai vu des concerts, mais je n’ai jamais travaillé avec un orchestre. J’aimerais beaucoup. Un chef d’orchestre qui s’appelle Marc Minkowski voit beaucoup mes spectacles, m’a plusieurs fois proposé de travailler avec lui pour monter des opéras, des choses comme ça. J’ai toujours dit que j’aimerais beaucoup travailler un jour avec lui, mais pas pour monter un opéra, mais pour travailler avec des comédiens. Faire des improvisations avec des musiciens.

Florent : Parce que certaines œuvres font appelle à des récitants.

P. Caubère: Je vois ce que tu veux dire. Non je n’ai jamais fait ça. Il y a un compositeur contemporain qui s’appelle Pierre Chardais qui est un élève de Boulez qui a écrit une musique pour moi. Il l’a écrit à partir d’un de mes spectacles et j’ai utilisé cette musique dans un de mes derniers spectacles. Ça s’appelle « Le roi malade ».

Je n’ai pas l’impression d’être tout seul parce que je joue tous les rôles et quand je les joue j’y crois tellement que j’ai l’impression qu’ils sont là. J’ai l’impression que je joue dans une troupe, mais c’est une troupe imaginaire, et c’est moi qui l’invente et c’est les gens de ma vie.

Emmanuelle Bataille : Je voudrais savoir comment vous vous situez dans le métier alors que vous êtes seul en scène ?

P. Caubère: Je sais pas comment je me situe. On ne sait jamais comment les autres vous situent. Mais moi je suis seul en scène et en même temps je fais du théâtre. Je ne suis pas vraiment dans les catégories qui existent, parce que quand on est seul en scène on fait du one man show. Ça serait plutôt du music-hall, ce n’est pas mon cas. Soit on fait du théâtre et on est avec une troupe, ce n’est pas mon cas non plus. Donc je me situe dans le théâtre, je fais du théâtre. En plus je n’ai pas l’impression d’être tout seul parce que je joue tous les rôles et quand je les joue j’y crois tellement que j’ai l’impression qu’ils sont là. J’ai l’impression que je joue dans une troupe, mais c’est une troupe imaginaire, et c’est moi qui l’invente et c’est les gens de ma vie. Donc c’est un statut un peu spécial. Mais je ne me pose pas vraiment la question parce que quand je joue ça me parait normal, naturel. Les gens disent que je suis marginal, en même temps je fais des spectacles qui ont du succès, il y a du monde dans la salle. Donc je pense que finalement c’est une aventure à la fois très originale. Je pense à Dario Fo… Il y a eu des époques où les gens ont fait des spectacles seul sans que ce soit du One Man Show et que c’était du théâtre. Alors maintenant c’est sur qu’un jour j’aimerais faire partager ces peurs à d’autres acteurs mais c’est pas par choix que je l’ai pas fait, c’est parce que j’ai pas su le faire. Quand je travaillais avec les autres c’était moins bien. J’ai tenté à plusieurs reprises d’écrire parce que je voulais écrire. Monter une pièce de Molière avec d’autres acteurs ça serait pas très compliqué pour moi. Mais sortir de cette chose là, aller plus loin inventer un théâtre comique, moderne, et ça je ne suis parvenu à le faire que seul. Mais j’ai bien l’intention d’essayer à nouveau de le faire avec d’autres. Maintenant que je suis vieux, je vais pouvoir partager ça avec des jeunes, ça me plairait beaucoup. Je ne sais pas si j’y arriverais, mais ça me plairait. Comme quand on devient le roi du monde. Parce qu’on est seul sur scène et on invente le monde et les gens croient au monde qu’on invente. Il y a une réalité qui devient plus forte presque que la réalité normale.

Emmanuelle Bataille: Qu’est-ce qui vous donne l’envie d’y retourner chaque soir ?

P. Caubère: Des fois j’ai pas envie d’y retourner, mais je sais qu’une fois que je serai sur la scène je vais y croire. Quand je suis sur scène j’y crois, j’y crois totalement, c’est à dire c’est comme si les gens étaient là. C’est bizarre c’est pas comme si moi je les jouais. Les gens c’est comme s’ils existaient et qu’ils étaient autour de moi. Comme dans un rêve. Quand je suis sur la scène et que je joue tous les rôles, c’est le même réalisme qu’un rêve. C’est à dire je sais que je suis là mais en même temps c’est tellement vrai, je les vois dans ma tête tellement vraiment, quand je vois ma mère qui est morte depuis trente ans, je la joue et j’ai l’impression… Ça fait rire les gens parce que eux-même voient ces personnes que je vois. Donc je les vois presque comme un miroir et ça crée un grand plaisir, une jubilation. Comme quand on devient le roi du monde. Parce qu’on est seul sur scène et on invente le monde et les gens croient au monde qu’on invente. Il y a une réalité qui devient plus forte presque que la réalité normale. Et oui ! Et donc c’est ça qui donne envie d’y retourner. Partager avec les gens. Parce que moi j’ai envie de rire quand je joue. Mais je ne ris pas comme dans la vie comme je ris maintenant, je ris comme quand j’avais 12 ans, quand j’étais un enfant. C’est un rire extrêmement naïf, c’est le vrai rire de l’enfance. Donc rire à nouveau comme quand on était enfant c’est une chose dont on peut plus se passer. Ça me permet de retrouver des émotions de l’enfance.

Florent : Aimez-vous la sculpture et la peinture ?

P. Caubère: J’aime beaucoup la peinture, je suis allé voir l’exposition Courbet. J’aime beaucoup les impressionnistes. En sculpture, j’aime beaucoup Rodin. C’est pas très original, mais… Et j’aime beaucoup Camille Claudel. Elle était en fait beaucoup plus forte que lui, mais on a surtout retenu le nom de Rodin, parce qu’à l’époque les femmes étaient beaucoup plus mises en dessous des hommes qu’aujourd’hui. On l’a découverte d’ailleurs récemment, et j’aime beaucoup Camille Claudel.

Les corridas, c’est pas fait avec des cochons d’Inde

Florent : Il parait que vous êtes un passionné de corrida.

P. Caubère: Passionné, peut-être pas, mais je suis amateur de corrida.

Florent : Est-ce que vous seriez prêt à défendre les corridas contre ses détracteurs ?

P. Caubère: Mais je l’ai défendue activement puisque j’ai fait un spectacle sur la corrida.

Florent : Est-ce que vous savez que c’étaient les thèmes préférés de Picasso ?

P. Caubère: Absolument.

Florent : Est-ce que vous avez lu « Arènes sanglantes » ?

P. Caubère: Je ne l’ai pas lu, non. Mais j’ai lu les livres d’Hemingway sur la corrida. J’ai lu tous les livres d’Hemingway sur la corrida.

Florent : Savez-vous qu’Hemingway aussi était ami de Luis Miguel Dominguín?

P. Caubère: Absolument, Hemingway était un ami de Luis Miguel Dominguín.

Florent : Je crois que Luis Miguel Dominguín a été accusé d’avoir voulu prendre la place de Manolete.

P. Caubère: Il y avait une compétition très forte entre  Luis Miguel Dominguín et Manolete, oui. C’était deux grands toreros, et il y a eu une compétition, enfin beaucoup organisée par les journalistes, parce qu’en fait dans la réalité ils étaient amis. Hemingway a beaucoup écrit là-dessus.

Florent : Pour un peu j’admirerais les toréadors même si on critique souvent leur métier.

P. Caubère: Moi, je les admire beaucoup.

David : Mais moi j’aime beaucoup les cochons d’Inde. Les cochons d’Inde c’est très mignon.

P. Caubère: Absolument. Mais les corridas, c’est pas fait avec des cochons d’Inde.

David : Mais la corrida, c’est très très violent !

P. Caubère: C’est violent, c’est vrai, mais il y a des choses beaucoup plus violentes, à la télévision par exemple.

Aurélie : Vous avez des animaux ?

P. Caubère Oui, j’ai des chats.

Aurélie : Comment ils s’appellent ?

P. Caubère : Josette, c’est la plus vieille. Elle est à la maison depuis 10 ans. La plus jeune s’appelle Martine. Et il y en a une qui s’appelle Isabelle.

Aurélie : Vous avez des chiens ?

P. Caubère: Non, je n’ai pas de chien, parce que les chiens et les chats, ça ne va pas. On devait choisir et on a choisi les chats.

François : Est-ce que tu te promènes dans la rue des fois ?

P. Caubère: J’aime me promener dans la rue.

François : Est-ce que tu manges chez toi des fois ?

P. Caubère: Je mange chez moi des fois mais  j’avoue que j’aime beaucoup aller au restaurant. Je n’aime pas me faire à manger, ça m’ennuie.

C’est Marc Lavoine qui m’a le premier parlé du Papotin

Arnaud : Philippe, qu’est-ce que tu as comme voiture ?

P. Caubère: J’ai une Micra, une Nissan Micra. Elle est verte comme une punaise. On dirait une punaise, ma voiture. Elle est petite, parce qu’à Paris il faut une petite voiture pour se garer.

Sarah : Est-ce que tu as une série télé que t’aimes bien ?

P. Caubère: Je n’aime pas beaucoup les séries. J’aime beaucoup les films de cinéma, mais pas les séries.

Florent : Est-ce que vous aimez Paris ?

P. Caubère: J’adore Paris, je suis amoureux de Paris. C’est la ville de ma mère. Ma mère était parisienne, c’est pour ça aussi.

Maxime : Et qu’est-ce que vous faites la nuit ?

P. Caubère: La nuit je vais au restaurant, je vais au cinéma, je rencontre mes amis, mes copains, mes copines. Je fais de l’internet, je réponds à mes e-mails, je regarde la télé.

Maxime : Vous ne dormez jamais ?

P. Caubère: Non je dors très tard, je dors à 5 heures du matin. Vous savez que c’est Marc Lavoine qui m’a le premier parlé du Papotin. Mon frère a fait la photo de son film « Le coeur des hommes », et je l’avais connu avant parce qu’il venait voir mes spectacles, et il m’avait parlé du Papotin. Je vous connais par Marc Lavoine.