Un livre de Marc Lavoine et Driss El Kesri

 Livre
 

Disponible sur Amazon.fr et iBooks


Le Papotin a deux parrains. Il y a Howard Buten, psychologue, écrivain, artiste, créateur du clown Buffo. Celui
-là est un cas dont on parlera un autre jour. Et il y a Marc Lavoine, auteur-compositeur interprète, comédien. Tous les deux accompagnent depuis vingt ans ce journal créé et dirigé par Driss El Kesri, chef de service éducatif d’un hôpital de Jour pour adolescents (le Centre Françoise Grémy, à Paris).

Marc aime le journal, les jeunes qui le font et il aime Driss. Voyez comme il est patient. Il y a dix ans, il lui disait : « Faisons un livre. Je voudrais bien que les gens aient un bouquin dans leur poche avec les textes des jeunes, comme ceux des grands auteurs ». Driss a résisté, on ne sait pas pourquoi. Moi, je lui dis autre chose depuis dix ans, « Tu as toujours suffisamment de textes de jeunes pour sortir plus de 3 numéros par an, tu devrais le faire, les lecteurs apprécieraient ». Driss résiste aussi à ça, on ne sait pas pourquoi. (On pense qu’il veut que le journal soit un bel objet, bien fini comme une petite œuvre d’art et il lui faut pour cela plus de temps que deux ou trois mois de préparation). Et puis Driss change d’avis… Dix ans plus tard, il se met à l’ouvrage avec Marc pour faire enfin un livre. (Peut être que dans dix ans, il fera un journal qui sortira tous les deux mois, je prends exemple sur Marc, je suis patient). Soyons justes, Marc n’a jamais abandonné après sa première tentative vaine. Avec un sourire, il lui envoyait éditeur après éditeur, aide après aide, attendant que Driss soit prêt. Et enfin, Driss fut prêt.

Le livre s’appelle « Toi et moi on se tutoie ». Sur la jaquette, on voit Marc avec Arnaud, est maintenant le doyen des jeunes qui ont créé le journal il ya 20 ans à l’Hôpital de Jour d’Antony, avec l’aide du Dr Gilles Roland-Manuel. Il a 40 ans.

Ses textes et ceux de tous ses camarades méritaient-ils cet honneur, devaient-ils risquer cette exposition ? Voyons ce qu’en pense Julia Kristeva, écrivain et psychanalyste :

«Je vous propose une expérience. Glissez-vous dans un de vos rêves les plus bizarres ou les plus répétitifs, n’importe lequel, celui qui vous ressemble le plus, mais dont, pour une raison inconnue, vous ne pouvez parler à personne […]. Puis remontez à la surface et écoutez ceux qui parlent autour de vous, tout en vous efforçant de rester fidèles à la scène du rêve. Vous entendrez alors des paroles singulières, celles-là mêmes qui vous paraissaient auparavant inaudibles ou illogiques […]. Des mondes nouveaux s’ouvriront à votre écoute, pénibles ou enchantés, ni normaux, ni handicapés, une éclosion de surprises, le monde en train de devenir polyphonie, résonance de logiques différentes et cependant compatibles, le monde enfin rendu à sa pluralité. […] Ainsi entendu, Le Papotin réussit là où le lien social échoue: à faire résonner le singulier.». (Extrait d e….)

On dirait que ce qu’en dit Marc est une illustration :

« Un jour, il y a plus de vingt ans, je suis tombé par hasard sur les premiers numéros du Papotin, journal écrit par de jeunes autistes de l’hôpital de jour d’Antony. Je lis une interview d’André Dussollier («Est-ce que tu aimes te ré-envelopper? », «Comment te rinces-tu la bouche?»), ou, ailleurs, cette phrase: «La seule raison pour laquelle je pourrais trouver Hitler rigolo, c’est qu’il ressemble à un éclair au chocolat.» Je n’en reviens pas. Une véritable liberté s’échappe de leurs textes, de leurs réflexions, de leurs dessins. Une vraie poésie. Comme un cadeau. Depuis, trente-quatre numéros ont paru, autant d’aventures et de rencontres. Ce livre en donne un aperçu, et ouvre un nouveau chapitre de leur histoire, qui me bouleverse depuis vingt ans. » (Extrait de « Toi et moi on se tutoie »).

Ces citations d’amis, d’artistes, d’écrivains valorisent les discours de ces jeunes vulnérables qui vivent, en partie ou complètement, en institution. Elles n’ont pas plus d’objectivité que les appréciations de nos équipes de professionnels qui accompagnent les jeunes au quotidien. Mais nous sommes si heureux de les entendre. A nos justifications médicales, éducatives, psychologiques, font écho des paroles de plaisir, d’humanité, d’intelligence. Lisez donc ce livre, plusieurs pages dans le métro. Ou seulement une demi-page tirée votre poche ou de votre sac, chaque fois que ceux qui vous agressent vous privent du calme qui est en vous. Il vous alors reviendra dans un rire, juste avant que vous vous mettiez en colère…

Dr Moïse Assouline  
Président de « Le Papotin – Fenêtre sur la Ville »