Acte I
C’est d’abord l’histoire d’un homme magnifique, Congolais cravaté, éducateur typique d’un hôpital atypique, notre ami : Yvon Nsalambi. Cet homme là s’était caché dans une salle sombre, au fond du jardin de l’hôpital de jour d’Antony. Il y animait depuis des années (avec lui, on ne compte plus) un atelier de théâtre avec les jeunes autistes et psychotiques du lieu. S’y mêlaient les souvenirs de son Afrique natale, des histoires de Molière et des danses rituelles venues d’ailleurs. Tout ce petit monde était heureux comme ça et cela aurait pu durer longtemps comme ça.

Acte II
Attirés par des sons étranges ou intrigués par l’intérêt que les jeunes portaient à cet atelier, certains sont venus s’égarer dans ce lieu et se mêler à cette aventure. Moi, j’étais la « pakronne » du bar de l’hôpital, Yvon était un bon client. Il m’a invitée dans son théâtre et j’y suis restée.

Un jour en 2001, le docteur Stanislaw Tomkiewicz, de retour d’un voyage en Afrique, est venu jouer sur scène le récit de son périple et de ses rencontres féminines, accompagné par les comédiens de la troupe nouvellement nommée « troupe du Théâtre Moins Grave ». Ils ont illustré ce récit par des danses et des rituels africains. Ce furent les prémices de la pièce « Esprits voyageurs », l’histoire d’une rencontre entre les habitants d’un petit village en Afrique avec un étranger perdu dans la forêt. Hippolyte Girardot a accepté le premier pour tenir le rôle de cet étranger, il a rejoint l’aventure en 2002 et joué la pièce au Cabaret sauvage, dans le cadre du festival du Futur composé.

Cette année, sont arrivés le metteur en scène Tilly et la comédienne Marie Pillet pour nous aider dans la mise en scène. On le sent tous, il se passe quelque chose. L’alchimie d’une rencontre où chacun trouve sa place. Au début, Yvon et moi étions un peu inquiets de l’arrivée d’un metteur en scène qui dévasterait notre merveilleux travail, nous « éducateurs jaloux du trésor que nous avions entre les mains » pour citer Gilles Cohen. Mais avec leur mise en scène, Marie et Tilly ont tout changé et ils n’ont rien changé.

Les jeunes comédiens ne s’y trompent pas, et vous, venez voir par vous-même !

Brigitte Lavau
Éducatrice spécialisée
Présidente du Théâtre Moins Grave.
24 avril 2004