Avec 17 autres personnes, j‚arrache de petites pincées de terre à une grosse motte. Je les projette ensuite sur une planche en bois. Les morceaux de glaise épars s‚amoncellent et de cette forme aléatoire, il me semble tout à coup que s‚y dessinent un nez, une bouche, des yeux. On me dit de rapprocher les boulettes de terre, de les sculpter au gré de mon imagination, de masser ce visage apparu presque à mon insu avec beaucoup de tendresse, de lui donner vie par des caresses, de le traiter comme un ami proche, d‚en faire une seconde peau. Walter Koch qui nous guide pas à pas s‚exprime dans une langue étrangère que nous ne comprenons pas. En attendant qu‚on nous traduise ses propos, nous nous imprégnons du ton de sa voix, de ses mimiques et de ses gestes, en prise directe avec ses émotions sans le filtre du sens et des mots.
Nous massons, nous massons encore et toujours, sans relâche, appliquant des bandes de papier encollé sur cette face qui nous ressemble. À notre grande surprise, plus nous avançons, plus nous réalisons combien ce visage de terre est proche de nous et qu’il nous représente. Ce que les autres disent du masque s‚adresse aussi à son créateur. Demain, après l’avoir séché et peint, nous le porterons sur nous, notre masque familier, nous apprendrons à jouer avec lui et avec les masques des autres.
Nous ne nous connaissions pas avant de venir et nous nous quittons cinq jours plus tard comme de vieilles connaissances. Nous étions 20 personnes, 18 stagiaires dont une traductrice avec son bébé de 9 mois, Walter Koch et son chien, plus la gardienne du Centre culturel qui venait régulièrement nous encourager. Nous étions 11 jeunes, 5 éducateurs, 3 artistes, 5 institutions différentes, quelques ratons laveurs égarés, avec beaucoup de plaisir partagé, un zeste de tendresse, l‚envie de se revoir, la peur et la joie de jouer en public pour l‚inauguration du festival le 7 mai, ainsi que les 8 et 9, au Cabaret Sauvage et dans les jardins du Luxembourg.
Olivier Couder